Chaque année, des milliers de jeunes diplômés des universités algériennes demandent des postes pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Faute de recrutement dans les wilayas du Nord du pays, ces nouveaux chômeurs se déplacent vers le Sud à la recherche d’un travail décent. Comme le recrutement est suspendu dans plusieurs secteurs, ces diplômés se dirigent vers le secteur de l’Education des wilayas du sud, pour enseigner et accomplir ce travail si noble. Dans la majorité des cas, ces universitaires sont affectés dans des établissements scolaires situés dans des zones enclavées ou le strict minimum d’une vie décente n’existe pas. Dans la wilaya de Béchar, les hameaux Gatrani et Boussir, situés au cœur du désert, à une centaine de kilomètres, à l’est de la daïra de Béni Ounif, accueillent chaque année des enseignants qui défient la dureté de la vie et l’ampleur des problèmes quotidiens des populations rurales. Au niveau d’El Gatrani, ces enseignants encadrent une centaine d’enfants dans des conditions difficiles, avec 3 niveaux par classe. Contacté, un enseignant nous a déclaré qu’il est confronté aux problèmes de l’acheminement des bonbonnes de gaz, de l’électricité et de l’alimentation en eau potable. Le deuxième hameau Boussir, à 70 km de Beni Ounif, semble vivre les mêmes difficultés quoique légèrement mieux loti que le premier. A Boussir, qui offre un aspect hideux de désolation au visiteur, les enseignants venus du Nord du pays sont confrontés à l’absence d’éclairage public, du téléphone fixe et mobile, de l’énergie domestique et de la bouteille de gaz. Dans ce bourg, l’école primaire est non clôturée et le transport est rare. Dans les autres régions enclavées, situées en plein désert, les établissements scolaires manquent d’encadrement sécuritaire et les enseignantes n’ont pas le choix, car louer un logement chez le privé est pratiquement impossible. Les habitants de ces localités ne louent pas aux célibataires et aux femmes. Ces dernières choisissent malgré elles de vivre dans des logements insalubres et non sécurisés. Une ancienne enseignante qui a exercé dans la daïra de Gsabi nous a déclaré que dans le hameau où elle a travaillé une semaine, il n’y a ni boulangerie ni épicerie et qu’elle vivait seule dans un studio insalubre, ce qui l’a poussé à démissionner.
Aussi, l’hébergement de ces enseignantes est à la merci du chef d’établissement scolaire, car les logements du Sud destinés aux enseignants qui viennent des autres wilayas pour combler le déficit en professeurs en langues étrangères ont été réalisés uniquement au niveau des chefs-lieux de daïra. La situation difficile des enseignantes et des enseignants qui travaillent hors chef-lieu de wilaya a des répercussions négatives sur les résultats scolaires dans le Sud.R. R.