Le Gouvernement Djerad table sur la levée des exonérations douanières, la lutte contre les surfactures et le recours à l’expertise locale pour réduire de 10 milliards de dollars les importations et préserver ainsi les réserves de change.


En ce sens, le ministre de l’Industrie Ferhat Aït Ali Brahim a levé un pan de voile sur le mode d’emploi. En effet, dans son exposé sur l’importation des intrants et des équipements industriels, présenté dimanche dernier en Conseil des ministres, il a précisé ces mesures. « L’Algérie a enregistré une augmentation record ces dernières années des importations d’intrants et d’équipements industriels sans aucun impact sur le Produit national brut. Les importations du pays en intrants et produits semi-industrialisés ont atteint 12 milliards de dollars avec une exonération permanente et injustifiée des taxes douanières, d’où l’impératif de réformes structurelles urgentes, dont l’annulation de l’exonération de certaines taxes pour corriger les dysfonctionnements et réaliser ainsi une économie de 4 milliards de dollars. » Le premier responsable du secteur dévoile en partie comment va s’opérer la lutte contre les surfacturations. Afin de réduire la facture importations de carburants, de fer, d’acier et de matières plastiques, le ministère s’attellera à examiner les moyens d’élaborer une base de données des produits bruts et produits semi-industrialisés sur le marché international. « Cela permettra d’assurer le suivi ou la veille sur les prix de ces produits à l’international et d’empêcher ainsi la surfacturation sur ces biens importés. » Dans ce programme, le ministre de l’Industrie indique que le gouvernement compte « réduire le recours à l’expertise étrangère qui a enflé la facture importations de services qui a dépassé les 10 milliards de dollars/an ». Il a été décidé « de se passer des bureaux d’étude étrangers lorsque l’expertise locale peut répondre aux besoins, de renforcer la coordination avec les secteurs concernés dans le fret maritime de et vers l’Algérie et évacuer les opérateurs étrangers des ports secs algériens. Ces mesures permettront de réduire la facture d’importation à hauteur de 6 milliards de dollars ». Voici comment le gouvernement Djerad compte réduire de 10 milliards de dollars les importations pour préserver les réserves de change. Concernant les ports secs, selon le ministre, les armateurs et les consignataires étrangers sont exclus de l’exploitation de ces zones de dédouanement extra portuaires. Dans son exposé, Ferhat Aït Ali Brahim ne précise pas, cependant, le timing en matière de mise en oeuvre de ces décisions ni n’indique si ces mesures ont été prises après des études d’impact permettant de vérifier la faisabilité et l’efficacité de ces actions. En ce sens, le Président de la République Adelmadjid Tebboune a ordonné au ministre d’accélérer la mise en oeuvre de ce programme industriel afin que les citoyens puissent ressentir sur le terrain un véritable début de changement. Autres orientations au gouvernement, éviter les intermédiaires dans l’importation de matières brutes et le recours aux sociétés locales dans les contrats de maintenance.
Autre secteur visé par la réduction des importations, celui du commerce. En effet, le ministre a énuméré les mesures proposées pour protéger la production agricole, comme celle d’élargir la liste des produits soumis au Droit Additionnel Provisoire de Sauvegarde (DAPS), de soumettre l’activité d’importation au principe de spécialisation et de souscription au cahier des charges, de numériser le commerce extérieur et le fichier national des industries agricoles, et enfin de bien analyser la structure des importations pour définir la nomenclature des produits dont l’importation peut être réduite avec un renforcement de la lutte contre la surfacturation, et la mise en place d’une stratégie nationale d’exportation. Intervenant au terme de cet exposé, le Président a ordonné l’interdiction totale de l’importation des produits agricoles pendant la saison de cueillette, et ce, afin de protéger la production nationale, ainsi que le durcissement du contrôle sur les fruits importés en vue d’éviter la surfacturation. Le Président a, en outre, insisté sur davantage de réduction de la facture d’importation sans toutefois créer de pénurie sur le marché.
Ainsi, une véritable course contre la montre et engagée pour surmonter la crise financière actuelle et éviter le recours au FMI. Le gouvernement Djerad n’a qu’un an de répit, 44 milliards de dollars de réserves de change à fin 2020, soit 12 mois d’importations. Si les mesures prises s’avèrent inefficaces ou tardent à voir le jour, l’Algérie risque de subir l’épreuve de l’ajustement structurel dont on voit les effets négatifs actuellement au Liban où une grande partie de la population connaît la paupérisation.