A plus de 1 300 mètres d’altitude, en contrebas du mont Mahemel, 1 840 mètres d’altitude, le lieudit Tghaght semble un havre de paix sous la neige, mais ce n’est qu’une illusion, car la réalité est tout autre.

Ce n’est qu’avant-hier, mardi, que les habitants de ce hameau ont pu reprendre contact avec le monde civilisé, car la neige avait obstrué l’axe principal qu’empruntaient les montagnards pour rejoindre la route principale.
Dehors, il fait -4°C en dépit du soleil qui a réapparu. L’équipe de la voirie, qui passe deux fois par jour, ne dégage que la route principale qui mène vers Thizi El Abed et Menaâ. Le petit sentier, qui n’est pas carrossable, et qui mène vers Tghaght, est obstrué par la neige depuis plus d’une semaine. Le camion de l’équipe de la voirie ne s’aventure pas dans ce lieu par peur de s’enliser en dépit des demandes incessantes des habitants de la région, aussi bien de Tghaght, de Guerz, de Hit Ouloudh, qui sont obligés d’attendre la fonte des neige pour quitter la dechra. Après avoir laissé le véhicule en bord de route, nous avons fait une marche de plus d’une heure pour rejoindre le douar Tghaght. Aâmi Mohamed et son jeune fils nous ont attendus pour nous montrer la route, mais surtout nous aider, car la neige obstrue encore quelques endroits. A notre arrivée, nos hôtes nous invitent à nous reposer dans leur modeste demeure où l’on se chauffe encore au feu de bois, on s’éclaire encore à la bougie et on ramène toujours de l’eau de l’unique source du douar. Nos interlocuteurs ne cachent pas leur désarroi et leur mécontentement quant aux conditions de vie. « Similaires à celles du Moyen-Age », nous dit le fils de Mohamed, un habitant de la dechra. Il nous fait savoir qu’il y a douze familles qui vivent dans des conditions qui ne se sont jamais améliorées depuis l’Indépendance. Et de rajouter dépité : « D’ailleurs, on se demande même si on nous considère comme des citoyens à part entière. » Le plus ancien et le plus âgé du douar nous dit avec amertume que les différents maires qui se sont succédé à Thizi el Abed, chef-lieu de commune, ont toujours fait des promesses aux habitants de Tghaght à la veille des différentes élections sans jamais les tenir. On apprend que ce lieu servait de cache aux maquisards lors de la guerre de Libération. Les habitants, à l’époque, avaient subi les affres du colonialisme et des opérations punitives des soldats de l’armée française pour leur soutien aux djounoud. « Le village a été incendié à trois reprises », nous disent les habitants du douar. En l’absence d’énergie électrique, d’eau potable, de route et de voies de communication, les enfants ne peuvent être scolarisés qu’au chef-lieu de la commune, c’est-à-dire à Thniet el Abed, qui se trouve à 25 km de la dechra. Tous les citoyens ne peuvent scolariser leurs enfants, car cela nécessite de grands moyens financiers, nous dit-on. Beaucoup d’enfants sont privés de scolarisation. Le centre de santé de proximité le plus proche se trouve à plus de 10 km et souvent, dans les cas d’urgence, à l’exemple des accouchements, les montagnard ont recours aux méthodes traditionnelles ; ce qui n’est pas sans risques. Les habitants nous assurent qu’à aucun moment un média n’est venu s’enquérir de leur vie, encore moins des conditions pénibles qu’ils endurent. Ils souhaitent que nous nous leur donnions leur droit à l’information. C’est fait.