Les années de l’exode massif vers la ville la plus proche Aïn Touta ou encore Ngaous et Ras el Ayoun, pour fuir le terrorisme, a fait des ravages dans la région et les stigmates et cicatrises sont encore visibles : écoles abandonnées, habitations désertées par leurs propriétaires.

Si ce cauchemar est certes bien loin, la région d’Ouled Aouf et jusqu’à Aïth Bchina ne s’est pas totalement remise de ses blessures profondes. Pour les propriétaires et habitants qui y reviennent progressivement depuis plus d’une dizaine d’années, tout est à refaire : travail de la terre, reconstruction, réalisations de routes et voies, réouverture des écoles… Dans le petit local qui fait office d’Assemblée populaire communale, la vie a repris, car « il faut se mettre au service des habitants de la montagne qui n’ont que trop souffert », nous dit Boudjelal Riadh, secrétaire général à l’APC d’Ouled Aouf.  Chef-lieu de commune depuis 1986, la population avoisine 1 700 habitants. Mais ces derniers sont confrontés à de multiples manquements comme l’absence d’une clinique d’accouchement, l’un des plus grands soucis des autorités d’Ouled Aouf. D’ailleurs les parturientes doivent se déplacer jusqu’à Aïn Touta. On nous explique que beaucoup de projets sont liés au nombre d’habitants, comme la réalisation d’un collège… Ce casse-tête fausse les calculs, voire les espoirs de toute une population dont les enfants scolarisés au collège font quotidiennement un aller et retour à Aïn Touta à 15 km. Autre problème, la vétusté du bus qui fait la navette. « Quand il est en panne il n’y a pas de cours et c’est fréquent », nous dit notre jeune secrétaire général de l’APC d’Ouled Aouf. Il nous explique que l’administration n’a pas les moyens de se payer un nouveau bus et l’actuel, un don dans le cadre de la solidarité, agonise. Il y a quelques années, la région d’Ouled Aouf s’est forgée la réputation d’être l’un des plus grands pôles à l’échelle nationale en matière d’aviculture pour la vente du poulet de chair. Des bâtiments d’élevage et de transformation ont poussé comme des champignons et des citoyens faisaient le déplacement des quatre coins du pays. L’aventure n’a pas duré longtemps, nous disent les rares aviculteurs qui sont encore en activité. Ils nous expliquent que la concurrence déloyale, la course effrénée au gain facile, qui a fait venir de faux aviculteurs, ont tué la profession qui n’était plus rentable, sachant que les aspects négatifs, dont la pollution de l’environnement, étaient plus importants que la rentabilité de cette activité. A quelque chose malheur est bon, nous dit le jeune responsable au niveau de l’APC. Il nous fait remarquer qu’un grand nombre d’agriculteurs se sont orientés vers l’arboriculture et plus particulièrement l’olivier et le pommier, et les premiers résultats sont encourageants. Le secrétaire général exprime le vœu que « si les responsables au niveau de la wilaya et plus particulièrement ceux des services hydrauliques réalisent la retenue collinaire dont on parle depuis plus de 15 ans, la région renaîtra de ses cendres. Les habitants n’ont aucune envie d’aller gonfler le nombre des chômeurs dans les villes. Ils ont des terres qu’on leur donne le minimum pour les sédentariser, à savoir l’eau ». De retour à Batna, on a pris en stop toute une famille. Le chef de famille nous dit que cela fait deux heures qu’il attend en vain le passage d’une âme charitable, car à Ouled Aouf, hormis le bus du collège, il n’y pas d’autres moyens de transport, sauf les fraudeurs (taxi au noir) qui n’hésitent pas à demander des sommes exorbitantes.