La menace aussi bien sur la faune que la flore est montée crescendo depuis des années. Si on a cru et à tort que la décennie noire et le terrorisme ont d’une manière ou d’une autre permis à la forêt de se reconstituer, puisque la chasse était interdite, voire impossible, les braconniers n’ont à aucun moment abandonné ou arrêté la chasse illicite en dépit de la dangerosité des lieux.

Certains d’ailleurs y laisseront leur vie, d’autres deviendront infirmes en sautant sur des mines antipersonnel ou des bombes artisanales, abandonnées en dépit des mises en garde de l’Armée nationale.
Profitant d’une absence quasi-totale des autorités et autres représentants de la loi, la Direction des forêts, de la protection de l’environnement, les gardes forestiers, des braconniers d’un nouveau genre prennent d’énormes risques, mais continuent de constituer eux-mêmes un danger des plus lourds sur la forêt en particulier sur la faune et les espèces rares, protégées, et qui n’ont pourtant pas échappé au braconnage et à la chasse sauvage.
Hérissons, tortues, renards, corbeaux et différentes espèces d’oiseaux, plus particulièrement le chardonneret élégant, sont proposés aux passants au vu et au su de tous en plein centre-ville de Batna. Ce n’est qu’à titre d’exemple, puisque dans les autres villes et villages, la pratique est la même. Toute la forêt auressienne est touchée par ce fléau, qui semble n’épargner aucune espèce ou race. En effet, selon des observateurs bien avertis, forestiers, ingénieurs vétérinaires ou simples citoyens conscients de l’importance de cet équilibre fragile, la situation est délicate et semble se dégrader chaque jour. Fournisseurs et vendeurs sans scrupules semblent faire fi de cette richesse naturelle qu’ils dilapident sans vergogne. Un jeune ingénieur vétérinaire nous explique, qu’en effet, la chasse est bénéfique car elle rétablit l’ordre et l’équilibre de la nature, mais il attire notre attention en ajoutant : « Le braconnage porte préjudice à ce même équilibre, à l’exemple de la chasse intensive et en toute saison (période de gestion, d’éclosion …) Les différentes espèces d’animaux seront menacées d’extinction car le cycle de régénération n’est pas respecté. » Le trafic d’oiseaux, plus particulièrement du chardonneret élégant, revient dans toutes les bouches. Ce beau passereau, victime de son beau plumage et de son chant, est demandé par les collectionneurs et autres revendeurs. On parle d’un trafic entre les frontières algéro-tunisiennes. Une chasse à grande échelle par des méthodes interdites comme la glu, considérée comme cruelle et non sélective, et qui consiste à en mettre sur les branches.
Notre interlocuteur nous informe que l’oiseau est décimé et a totalement disparu de certaines régions du pays où cette pratique est répandue et en toute impunité. Les braconniers ne s’en cachent pas et proposent leur gibier dans les marchés de fin de semaine, ou bien dans des marchés spéciaux d’oiseaux, comme celui qui existe à Batna dans la cité Kechida. Sur les réseaux sociaux et croyant bien faire, des citoyens exhibent des photographies comme des trophées de chasse avec des espèces d’animaux menacés ou en voie de disparition. Rapaces, hyènes rayée (espèce protégée) loups, et autres fennecs capturés dans les wilayas voisines, Biskra et Oued Souf.
Les responsables des différentes institutions qui sont normalement chargées de protéger ces animaux ou au pire fournir les informations nécessaires, quant à la rédaction d’articles de presse, pour essayer d’attirer l’attention des citoyens, ces administrations sont encore dans des pratiques administratives lourdes. Autorisation, hiérarchie… une lourdeur qui explique en partie la débâcle que vit le secteur.