Après une première édition, en 2017, consacrée à la langue maternelle, sa protection, sa prise en charge et son épanouissement, qui a eu lieu au département de la langue et culture amazighes à l’université El Hadj Lakhdar et qui a eu des échos plus que favorables, l’idée était de pérenniser le colloque et de lui donner une dimension nationale en impliquant les différents acteurs du secteur. Chose faite, puisque le colloque national sur la langue maternelle a ouvert ses portes à nouveau, les 23 et 24 avril au département de langue et culture amazighes en présence du  premier responsable du Haut-commissariat à l’amazighité, Si El Hachemi Assad.

En effet, en plus des partenaires, des chercheurs, linguistes et autres enseignants de différentes universités, mais aussi des étudiants qui ont fait le déplacement des universités d’Annaba ou encore de M’sila ont tenu à prendre part à ce colloque. Un bon nombre de participants ne sont pas locuteurs et n’utilisent pas dans leur vie quotidienne ni dans leur intervention la langue amazighe, mais, justement, nous dit-on, l’objectif de cette rencontre est de permettre aux Algériens, amazighophones ou arabophones ou encore francophones, de se retrouver et de discuter loin de toute passion de ce sujet. Un sujet qui est resté longtemps tabou et qui a donné souvent des débats houleux et même plus, nous rappelle le directeur du département de langue et culture amazighes, Jamel Nahali.
La langue maternelle tamazight a bénéficié, ces toutes dernières années, d’une véritable prise en charge par les plus hautes instances de l’Etat, à savoir sa reconnaissance en tant que langue nationale et officielle, l’élargissement de son enseignement dans les quatre coins du pays, l’institutionnalisation de Yennayer comme fête nationale. Ces avancées ont fait dire à plus d’un qu’il y a une véritable volonté politique pour que la langue maternelle des Algériens retrouve sa place, celle qu’elle mérite.
Les différents responsables et cadres qui se sont succédé au pupitre, pour la locution d’ouverture, n’ont pas omis de rappeler l’importance d’une nation à protéger son legs immatériel, dont justement fait partie la langue maternelle. Les doyens des universités de Batna 1 et 2, le représentant du wali de Batna et le secrétaire général du Haut-commissariat à l’amazighité (HCA) Si El Hachemi Assad, dont l’institution est considérée comme pionnière et doyenne quant à la revendication identitaire étroitement liée à tamazight, ont tous abondé dans le même sens pour promouvoir son enseignement, son développement et surtout lui donner une dimension nationale.
Lors d’un point de presse, le premier responsable du HCA avait tenu à rappeler les engagements de son institution, les moyens mis en œuvre et les objectifs à atteindre. « Il est temps de faire un bilan de notre langue et aussi de renforcer l’enseignement de tamazight dans les écoles, ce qui est très important. L’amazighité dans le cadre institutionnel, la nouvelle vision du HCA, l’enseignement de tamazight à travers tout le territoire national, l’encadrement, la collecte et l’exploitation du travail effectué sur terrain, Ouargla, Béchar, Souk Ahras… », a-t-il dit. Et de rappeler qu’un travail est en cours pour la mise en place de la loi organique portant création de l’académie algérienne de la langue amazighe, tout en rappelant que le HCA est partie prenante au même titre que les autres institutions. Il a annoncé le lancement, très prochainement, d’un numéro vert 10 66 qui prend en charge et gratuitement les demandes des citoyens désireux de se renseigner sur la transcription ou l’appellation en tamazight d’un fronton, d’une enseigne de commerce ou autres. Cette démarche vise à élargir le champ d’action de tamazight avec ses variantes et de la reprocher de ses locuteurs et même non locuteurs, a-t-on précisé. Dans la salle de conférences, et durant leurs différentes interventions, les conférenciers ont abordé les sujets les plus variés qui touchent d’une manière ou d’une autre la langue maternelle. Qu’est-ce qu’une langue maternelle ? Y a-t-il une ou des langues maternelles en Algérie ? Y a-t-il risque de disparition des langues dites minorisées ? Autant de sujets abordés par les intervenants et de débats aussi animés et contrastés.  n