L’exercice n’est pas usité, mais il commence à prendre forme pour devenir une tradition peut-être. En effet, ce n’est pas tous les jours que la capitale des Aurès abrite les séances dédicaces d’écrivains du cru ou de passage, mais ce genre de rencontre mettant les auteurs face à leur public commence à faire partie du paysage culturel batnéen.

Notamment à la Librairie Guerfi en plein centre-ville de la cité où Zine Bakhouche, écrivain natif de Babar dans la wilaya de Kenchela et vivant actuellement en France, est allé il y a quelques jours à la rencontre de ses lecteurs pour lesquels il a dédicacé deux de ses ouvrages «L’enfant des Aurès» et «De là on voit Alger», deux récits à forte résonnance autobiographique et un hymne à l’Algérie et à ceux qui ont résisté – c’est le thème du second texte – à la barbarie durant la décennie rouge. Durant la rencontre, il a été question autant de littérature, de culture, d’histoire que de retrouvailles avec d’anciens camarades d’université, des étudiants, des animateurs de la vie culturelle à Batna et dans le pays aurésien. Des lycéens ont également bravé le froid pour rencontrer M. Bakhouche qui, selon les responsables de la librairie Guerfi, devrait ouvrir la marche à d’autres auteurs pour d’autres rencontres et autres séances dédicaces avec le public. 

Autre bonne action culturelle signalée à Batna, en passe de devenir une tradition celle-là en dépit d’une absence de plus de cinq mois, la reprise des activités du «café littéraire» où les discussions ont porté sur la production littéraire en Algérie avec, en tête d’affiche, deux auteurs d’actualité Kamel Daoud pour «Zabor», son dernier roman, et Kaouther Adimi pour «Nos richesses» : deux textes autour desquels les points de vue se sont entrecroisés entre critique et éloge de leurs écritures respectives. Le débat a porté également sur les questions de la langue et de la création ainsi que l’affrontement auquel se livrent des romanciers de différentes générations, à l’image de Kamel Daoud et de Rachid Boudjedra, notamment depuis la publication de son brulot «Les contrebandiers de l’histoire» aux Editions frantz Fanon. «Il faut en finir avec la légitimité littéraire.
Il est inconcevable de nos jours que des écrivains puissent se livrer à l’invective par livre interposé. Il est, de même, aberrant que la notoriété de nos écrivains nous vienne d’ailleurs. Il est donc nécessaire de renouer avec la critique littéraire en Algérie, seule apte à s’exprimer sur de tels sujets», dira pêle-mêle un enseignant universitaire lors de son intervention. En guise d’acquiescent, un étudiant dira «Il n’y pas longtemps, l’Algérie n’était évoquée dans les plateaux de télé que sous l’angle du terrorisme et du sécuritaire, maintenant on en parle à nouveau comme une terre d’auteurs et d’écrivains.»