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Quand on consacre sa vie à quelque chose, on ne s’attend peut-être pas à une contrepartie, mais la non-reconnaissance et le rejet peuvent être fatals. Il n’y a pas pire que de se retrouver, après tant d’années de travail et de dévouements, complètement oublié et marginalisé par la société. C’est le cas du géant de l’art plastique, Chérif Mennoubi, mis à l’écart sans la moindre reconnaissance, tant par la société que les autorités.

Il était environ 16H15 lorsqu’on est arrivé à la « Galerie d’Art », dont la façade cache de véritables trésors. Située à proximité du rond-point El Wiam, sur la route de Biskra, adjacent à la direction de l’Education de Batna, la galerie est presque invisible vu les comptoirs et tables installés dans l’espace public, squatté illégalement et sans scrupule par le propriétaire du café. Margé les appels et les doléances qu’a émis, Chérif Mennoubi aux autorités, personne n’est intervenu. Le propriétaire a proposé à l’artiste d’ouvrir un restaurant au lieu de cette galerie qui ne lui rapporte rien. Ce qui l’a énormément affecté, le poussant à penser réellement à quitter le pays, nous révèle-t-il amer. Chérif Menoubi est un artiste habile, il a consacré toute sa vie à l’art,  mais il s’était retiré depuis sa retraite loin de la réalité insatisfaisante pour se réfugier dans son petit atelier-galerie et se livrer en solo à la création et la peinture afin de produire des œuvres d’art qui immortalisent le patrimoine ancestral, les us et coutumes de sa région. Son objectif est de marquer de sa petite empreinte son amour, son attachement aux Aurès, le berceau de la Révolution. Connu à l’échelle internationale, le peintre et sculpteur Mennoubi demeure, malheureusement, peu connu dans son pays et non apprécié à sa juste valeur.
Après tant d’années de travail, il se retrouve sans salaire, sans retraite et sans la moindre ressource pour vivre alors que ses œuvres coûtent des fortunes, si elles avaient été vraiment estimées à leur juste valeur. Les autorités locales se rappellent de lui lors des visites ministérielles ou des cérémonies officielles. Beaucoup de ces tableaux ont été offerts par l’ex-wali de Batna aux personnalités publiques mais il n’a jamais été payé, dévoile tristement M. Mennoubi à Reporters. L’Algérien est devenu un simple tube digestif. Rien d’autre n’a de la valeur ou de la considération devant le ventre algérien. Ouvrir une gargote, une pizzeria, un fastfood ou un café, peut vous apporter beaucoup tandis faire de l’art, fabriquer des objets significatifs et immortels peut vous rendre pauvre, se désole-t-il. 

 La galerie des merveilles
Dans sa galerie d’art, l’artiste passe la plupart de son temps, contemplant ses œuvres confectionnées avec amour jusqu’au moindre détail. Il guette, chaque matin et chaque soir, des visiteurs qui viendront découvrir ses œuvres et se procurer peut-être un petit objet en souvenir de la ville, mais ces visiteurs ne viennent jamais. « Les gens ne semblent plus s’intéresser à l’art », dit M. Mennoubi d’un air triste. Au-delà de la valeur matérielle, la valeur de ses œuvres et immensément importante pour cet artiste qui a sacrifié toute sa vie à l’art, la création et a immortalisé une époque à travers des objets, des matières et des couleurs qui narrent l’histoire d’un lieu, d’une communauté et d’un savoir-vivre. Observant les objets qu’il a conçus avec ses propres mains, avec du plâtre, l’étain, la céramique, du bois, du tissu et des couleurs et laisser libre cours à son imagination. Il observe le tout avec regret. « Mon rêve c’était d’offrir un art de qualité, des œuvres éternelles qui immortalisent nos coutumes et notre vie traditionnelle et les faire connaître aux futures générations. » C’est dans cet espace chaleureux que vous pouvez rencontrer cet artiste, entouré de toutes ces dernières créations. Vous pouvez  regarder,    découvrir ou encore  acquérir une œuvre digne de témoigner de votre passage dans la capitale des Aurès, cette merveilleuse ville historique et révolutionnaire.  

Transmettre son savoir-faire
Cet artiste multidisciplinaire assidu,  contribue, à côté de sa fille Rime, et à titre volontaire, à inculquer les principes du dessin et de la peinture aux enfants et jeunes passionnés à la Maison de la culture de Batna. Il ne lésinera pas sur les moyens pour leur transmettre son savoir-faire et son art. Sa fille sortant de l’Ecole des Beaux-Arts et chargée de l’atelier de dessin, forme une vingtaine de passionnés, de tout âge et tout niveau confondus. Durant sa longue carrière consacrée exclusivement aux arts plastiques, notamment la miniature, la décoration et la céramique, Mennoubi a exposé en Algérie et à l’étranger. Sa dernière grande participation remonte à 1993, lorsqu’il a été invité à l’exposition internationale des artistes du monde à Washington (USA) au niveau de la galerie International Very Arts Kennedy.

Le gharbel, son style figuratif purement menoubien
Dans sa galerie, qui nous rappelle un peu la grotte d’Ali Baba, on  trouve des objets en bois, en céramique, des tableaux magnifiquement confectionnés, des sculptures, qui  relatent le mode de vie, les croyances ainsi que les us qui alimentent la tradition chaouie. Cet artiste est né le 25 juillet 1957 à Batna. Il est ex-conseiller culturel et retraité.
Il occupe l’atelier des arts plastiques à la Maison de la culture de Batna depuis 1979. Il a appris de son père, artiste également, les diverses disciplines du dessin et de la peinture. Il s’est intéressé dès son plus jeune âge à la peinture, la sculpture, aux ornements, aux parures mais surtout au bendir, son style figuratif purement mennoubien, qui exprime la beauté et l’authenticité des Aurès. D’ailleurs dans son atelier,  on peut voir des outils de la cuisine traditionnelle montagnarde typiquement chaoui,  réutilisés à des fins de décoration, sur lesquels Mennoubi a ajouté ses retouches artistiques. Le tajine (plat traditionnel en terre cuite servant à cuire la galette) miniaturisé a été revalorisé et devenu,  sous les mains de l’artiste, pas seulement un instrument de cuisson, mais un objet décoratif de valeur sur lequel il dessine des femmes, des scènes avec du plâtre puis ajoute des couleurs pour obtenir des modèles aussi beaux que surprenants. On découvre également des chefs-d’œuvre confectionnés avec le gherbal (tamis en bois) rendu pour la fabrication de magnifiques tableaux en peinture ou composés. Son style unique est devenu une source d’inspiration pour beaucoup d’artistes. Mennoubi est l’un des premiers fondateurs du mouvement des artistes de Batna et de l’annexe des Beaux-arts de Batna. Il nous révèle l’amour de l’art et comment il se donne à fond pour faire revivre les traditions et les immortaliser pour les futures  générations.

Un parcours de grand
L’artiste Chérif Mennoubi a participé et obtenu le premier prix du salon « Youm El Iyam » en 1969. En 1975, il a été honoré par le président Houari Boumediène, reçu au siège de la wilaya de Batna.   Il a ensuite a participé au 2e biennale international des arts plastiques qui a eu lieu à Alger en octobre 1989  puis il a été invité en 1993 à l’expo internationale des artistes du monde à Washington à la galerie internationale Very Arts Kennedy. En 2003, il a été l’invité d’honneur à l’exposition des artistes de Batna « Galerie Nithael » qui a eu lieu à Nice (France) du 7 août au 15 septembre.  En juin de la même année, l’artiste a participé à « l’année de l’Algérie en France » du 31 au 15 juin 2003 au niveau de la galerie Solo Sary -France.