Le mémento paraphé par le ministre de l’Habitat et son collègue de la Transition énergétique vise à rendre le résidentiel moins énergivore et davantage orienté vers la consommation de la ressource renouvelable.

Par Selma Allane
Hier, mardi, un mémorandum de coopération pour la rationalisation de la consommation d’énergie et l’intégration des énergies renouvelables dans l’habitat a été paraphé par le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Mohamed Tarek Belaribi, et le ministre de la Transition énergétique et des Energies renouvelables Chems Eddine Chitour.
On ne sait pas sur quoi de concret ce mémorandum va-t-il aboutir en raison de son aspect apparemment non contraignant et de la différence d’objectifs et de contraintes auxquels sont soumis les deux départements. Le contrôle de conformité dans le secteur de l’habitat est d’ailleurs sujet à discussion, voire polémique. Les plaintes des donneurs d’ordre comme celles des bénéficiaires portent davantage sur la qualité des logements et de leur habitabilité que sur la régularité du matériau de construction et des équipements par rapport aux normes de rationalisation de la consommation d’énergie.
Toutefois, on peut espérer une amélioration dans ce domaine d’autant que le ministère de l’Habitat affirme dans son communiqué, hier, que «des instructions avaient été données pour la réalisation de constructions éco-responsables dans le cadre des grands projets lancés en 2013, et ce, afin de rationaliser la consommation énergétique». «Presque tous les logements que nous réalisons actuellement sont dotés de moyens permettant de rationaliser la consommation énergétique», affirme le ministre du secteur M. Belaribi, citant «les techniques d’isolation thermique, le système de double-vitrage et l’utilisation de panneaux solaires pour l’éclairage public». Selon son département, un «total de 3 000 logements seront construits à la nouvelle ville de Sidi Abdellah» en conformité avec les règles et les critères relevant de l’économie d’énergie. Le ministre a rappelé que son secteur est engagé avec la collaboration du ministère de la Transition énergétique dans la réalisation dans cette même ville d’une mosquée verte fonctionnant aux énergies renouvelables, dont le cahier des charges est en cours d’élaboration.
Selon le ministère de la Transition énergétique, il est question d’un «groupe de travail mixte» chargé de «mettre en place un dispositif règlementaire opérationnel intégrant les mesures d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables et de préservation des ressources dans la conception et la réalisation des nouvelles constructions et la réhabilitation de l’ancien bâti». «Il s’agit en particulier de définir conjointement un ensemble de mesures et de critères d’efficacité énergétiques et d’énergies renouvelables à intégrer dans les différents cahiers des charges de construction notamment les programmes de logements, les équipements publics et les mosquées».
L’inquiétant rapport du Cerefe
Dans une déclaration à la presse, à l’issue de la signature du mémorandum, le ministre Chems Eddine Chitour a rappelé que le secteur de l’Habitat représente 40% de la consommation d’énergie. Il a mis l’accent sur la nécessité de l’inclusion du facteur de l’énergie dans le permis de construire, une condition à laquelle les entreprises de réalisation devraient s’adapter, selon lui. Un point cependant non abordé par son collègue du Travail dans le communiqué que ses services ont publié.
Dans son rapport publié en février 2021, le Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique (Cerefe) a constaté que la consommation énergétique nationale a augmenté de 59% entre 2010 et 2019. Selon le Cerefe, la consommation finale d’énergie est passée de 31,6 millions tonnes équivalent pétrole (TEP) en 2010 à 50,4 millions TEP en 2019, soit une augmentation de 18,7 millions TEP par rapport à 2010. Une progression vertigineuse aux conséquences multiples sur la ressource naturelle, économique et écologique.
Le rapport du Cerede indique que «l’examen des bilans énergétiques nationaux réalisés par le ministère de l’Energie, entre 2010 et 2019, quant à la consommation finale d’énergie, fait ressortir qu’un total de 410 millions TEP ont été consommés au cours des dix dernières années, dont 90 millions TEP dans l’industrie et BTP (Bâtiment et Travaux publics), soit 22% de la consommation globale, 142 millions TEP dans les transports, soit 35% et 177 millions TEP dans le résidentiel et le tertiaire, soit 43%».
En 2018, le secteur résidentiel et tertiaire vient en tête en matière de consommation finale d’énergie. Il a atteint 13,2%, suivi par l’industrie et le BTP avec 8,4%, puis les transports, qui a enregistré son taux de croissance le plus élevé en 2011, soit 10,3%. Le Commissariat souligne aussi que la consommation finale par tête d’habitant a augmenté de 55% entre 2010 et 2019 alors que la croissance démographique était de 22% pendant la même période». Beaucoup reste à faire pour parvenir à la sobriété énergétique souhaitée. n