Que fait l’Aprue ? Pareille question n’est pas pour stigmatiser cette agence créée pour sensibiliser le consommateur algérien à économiser une énergie de plus en plus coûteuse et susceptible de manquer dans quelques décennies, peut-être moins.

Elle est posée pour rappeler que cette structure, sans doute par le manque de moyens, mais surtout par l’absence d’une politique devant la rendre plus visible, est loin d’être efficace et passe largement à côté des missions de rationalisation de l’utilisation de l’énergie qui lui sont dévolues depuis sa création il y a 33 ans, en 1985 ! Elle est posée à la suite des nombreuses alertes que le Centre de développement des énergies renouvelables, le CDER, ne cesse de lancer, le dernier en date étant celui de jeudi dernier à l’occasion de la première conférence internationale organisée à Alger sur l’efficacité énergétique et l’écoconstruction. Selon le CDER, le bâtiment représente plus de 41% de la consommation globale nationale, ce qui est énorme pour un secteur qui ne produit rien ou presque en contrepartie. Une telle indication remet au cœur du débat l’utilité d’une agence comme celle de l’Aprue et sa capacité à intervenir auprès d’autres acteurs gouvernementaux chargés du dossier de l’habitat, dont le développement considérable durant ces quinze dernières années posent aussi de sérieux problèmes, tant au niveau environnemental et écologique – dans le bassin algérois on voit disparaître à une vitesse «grand V» un patrimoine foncier et agricole irremplaçable et perdu à jamais – qu’économique : il n’est plus possible pour l’économie de l’Algérie de supporter une consommation d’énergie non seulement outrancière, mais face à laquelle les différents gouvernements multiplient les dépenses les plus irrationnelles.
L’intégration de l’efficacité énergétique dont il est question en urgence, aujourd’hui, passe par des actions et d’intervention : en amont auprès des promoteurs pour l’utilisation de matériaux sobres en consommation d’énergie, par l’encouragement d’équipements recourant au renouvelable (le solaire en particulier) qu’en aval par des opérations de sensibilisation qui ne ressemblent plus à ces campagnes rares et oubliées que l’Aprue a organisées en collaboration avec Sonelgaz dans la moitié de la décennie 2000. Selon le chercheur et responsable au CDER, Khaled Imessad, la conception des bâtiments joue un rôle très important dans la consommation énergétique et permet de réduire la consommation d’énergie par le secteur du bâtiment jusqu’à 50%, a-t-il estimé. En août 2016, le directeur général de l’Aprue, Mohamed Salah Bouzriba, avait signalé que le marché de la promotion et la rationalisation de l’énergie «souffre d’un manque de financements» en raison de l’absence d’une offre bancaire. Il avait indiqué à juste titre que l’intégration de l’efficacité énergétique dans un projet de construction «génère un coût supplémentaire de 15 à 20% de son coût initial». Lors de son passage à la Radio Chaîne III, il avait annoncé qu’un projet de «crédit vert» destiné au financement de l’efficacité énergétique dans le bâtiment est en cours de discussion avec les banques. Qu’est-il devenu ?