Trois jours durant, ce qui était censé être un mouvement revendicatif pacifique a tourné en une «effervescence» émeutière, la wilaya de Béjaïa comptant à elle seule les milliards de dégâts occasionnés sur les biens publics et privés.

Si peu auront compris l’intérêt de l’appel anonyme attribué aux commerçants à manifester contre la cherté de la vie, contre la multiplication des contrôles et des inspections des services du Commerce et à dénoncer une loi de finances très «fiscale», des commerçants, soit dit en passant, le plus souvent désignés du doigt pour leurs pratiques frauduleuses sur les prix des produits et, au-delà, la systématisation de la dissimulation de factures, d’aucuns ne sont en mesure d’expliquer la tournure prise par les événements et l’ampleur des violences, alors que sur le terrain de la contestation, aucun syndicat de commerçants n’a revendiqué le moindre mot d’ordre de mobilisation. En revanche, on parle bien de rumeurs massivement relayées sur les réseaux sociaux qui ont pour objet la fermeture généralisée de tous les commerces en signe de protestation. Les choses sont allées très vite et il faut certainement du recul pour tenter de reconstruire le fil des événements et comprendre d’abord la puissance des réseaux sociaux, Facebook à leur tête, qu’il ne s’agit pas d’incriminer directement, mais surtout la «naïveté» des utilisateurs et leur «malléabilité» apparente et très inquiétante. Usant de ces mêmes canaux, plusieurs voix parmi les citoyens se sont élevées pour appeler justement à la prudence et à la sagesse, et à ne pas tomber dans le piège de la manipulation. Cet épisode d’un début d’année quelque peu troublé interpelle au plus haut point sur le rapport de la société non forcément devant les outils technologies dits de masse mais face à la rumeur, faute d’une culture de la communication institutionnalisée et formalisée à tous les niveaux. Hier, les choses semblaient revenir à la normale, en dépit de quelques actes de violence qui se poursuivaient en fin de journée dans certaines localités, les commerçants ont décidé de rouvrir leurs magasins, et c’est tant mieux. Mais le malaise est là ! Facebook n’a été qu’un vecteur, un outil, sans plus; quid des commanditaires ? Une chose en tout cas est certaine : la violence et la casse doivent cesser. Basta !