Se relâcher à quelques jours, à quelques matches sans enjeu particulier, de la fin de saison régulière est traditionnellement toléré en NBA. Et même encouragé. Les organismes mis à mal par les longues joutes d’octobre à avril nécessitent un temps de repos avant d’attaquer le gros du programme : les playoffs. Mais cet exercice 2019-2020 n’est en rien habituel. Coupé en deux par la crise sanitaire et mis à l’arrêt pendant plus de quatre mois en raison de l’épidémie de coronavirus. Sans précédent, difficile d’analyser et de comprendre réellement ce qui se trame chaque soir sous nos yeux de passionnés de basket enfin servis en jeu. Et notamment, que penser des déboires actuels – et relatifs – des Lakers, battus il y a 2 jours par les Rockets (97-113). Déjà leur troisième défaite en cinq rencontres disputées sur le campus de Disney.
Le premier réflexe consiste à penser que ce n’est rien de grave. Pas même un accident de parcours. Et c’est vrai, il n’y a pas d’urgence. Les hostilités débutent d’ici une dizaine de jours. Simplement une équipe qui ne force pas son talent et économise ses forces… encore ? Après un si long break ? Si personne ne ressent le besoin de tirer sèchement la sonnette d’alarme, certains détails un chouïa troublants méritent tout de même d’être soulignés.

Les Lakers, le coup de la panne
D’abord l’attaque en berne. Comme si la force de frappe d’une équipe avec deux des cinq basketteurs les plus doués de la planète s’était évaporée. Après cinq matches dans la bulle, les Angelinos tournent à 98 points de moyenne chaque soir. De très, très, très, très, très loin la moins prolifique du championnat à 22. Avec même 7 points de moins que les Wizards, avant-derniers de ce classement avec 105 points marqués. C’est même 5 unités de moins que les Hornets, la plus mauvaise attaque de la ligue avant l’interruption ! Complètement à côté de la plaque et inefficaces au possible.
Les raisons des déboires actuels des hommes de Frank Vogel sont nombreuses. C’est en premier lieu une vraie panne d’adresse. Seulement 40% de réussite aux tirs. Et c’est encore pire derrière l’arc. Un horrible 23%. Nouvelle illustration jeudi soir avec deux petits paniers lointains inscrits en 19 tentatives. Tandis que les Rockets bombardaient la défense avec 21 tirs extérieurs marqués en 57 essais. Une salle, deux ambiances. Et aujourd’hui, dans cette ligue, le trois-points est le nerf de la guerre. S’ils ne mettent pas dedans, les Lakers vont s’exposer à de grosses difficultés.
Une concentration et une application accrue en playoffs, l’adrénaline qui réveille les troupes… la formation hollywoodienne peut montrer un tout autre visage en playoffs. L’adresse, ça va, ça vient. Mais c’est important de se mettre dans une bonne dynamique et d’engranger de la confiance avant les échéances importantes. Puis la panne actuelle rappelle que l’effectif manque de tireurs d’élite vraiment spécialisés. Il y a des bons shooteurs. Mais pas de Kyle Korver, J.J. Redick ou autre Seth Curry.
Sans artilleurs, les défenses adverses peuvent juste se resserrer sur LeBron James ou même doubler constamment sur Davis pour le forcer à ressortir la gonfle. C’est ainsi que les Raptors ont limité les Lakers à 92 points avec seulement 9 pions pour l’intérieur All-Star – qui venait d’en coller 34 aux Clippers. Même plan de jeu pour le Thunder, facile vainqueur 105 à 86. Des indices sur la tactique à suivre pour battre Los Angeles tant que les tirs ne rentrent pas.

LeBron James, à quoi joue le King ?
La nouvelle recrue est presque forcée d’assumer (trop) des responsabilités. Surtout que James semble un ton en-dessous pour l’instant. On pouvait penser que le repos supplémentaire lui aurait fait du bien, à 35 ans et après 17 saisons dans la ligue. Mais il peine à se remettre dans le bain. Ses statistiques sont en chute libre. Seulement 19,3 points par match (contre 25,7 avant la coupure), 42% aux tirs, 27% à trois-points et 6,3 passes. Le quadruple MVP était même absent jeudi en raison d’une légère douleur à l’aine.
Peut-être est-il gêné ? Physiquement ? Ou même mentalement ? Les conditions de la bulle – loin des familles – ne sont pas faciles et encore moins pour le père de trois enfants. Ou peut-être que le problème se trouve en coulisses, comme le laissait sous-entendre The Athletic sans en préciser davantage. Toujours est-il que LBJ paraît moins engagé. Balbutiant son basket, même dans les victoires. Cette semaine, le valeureux mais obscure et non drafté Luguentz Dort l’a mis à mal lors du duel avec le Thunder. Au point de le ralentir plusieurs fois près du cercle.

Anthony Davis, le nouveau patron ?
De toute façon, l’équipe appartient en réalité déjà à Anthony Davis. C’est même étonnant que ce constat ne soit pas massivement partagé – la force de la réputation – alors que l’intérieur est le meilleur attaquant ET le meilleur défenseur de sa franchise. Un géant de presque sept pieds, très polyvalent et dans la force de l’âge (27 ans). A.D. est un cauchemar pour ses adversaires et c’est pour ça qu’il se retrouve souvent pris à deux. Trop rapide pour les intérieurs adverses, trop grand pour les extérieurs. Mais aussi agile balle en main et adroit de loin. S’il y en a bien un qui peut faire la différence, c’est lui.
Surtout que sa présence libère des espaces et facilite la vie de James – et réciproquement. Leur tandem reste l’un des plus puissants de la NBA. C’est pourquoi les Lakers ont beaucoup plus de raisons d’être optimistes que pessimistes. Leur suprématie à l’Ouest est désormais validée. Une première depuis 2010, l’année du dernier titre de l’organisation… avec Kobe Bryant.
Sur le papier, ça reste l’une des armadas les plus redoutables de la ligue. Mais gare à la chute. Surtout que la perspective d’affronter Houston au deuxième tour des playoffs peut donner des sueurs froides au staff. Les Rockets sont loin d’être parfaits, au moins un cran en-dessous des Lakers, Clippers et Bucks. Mais leur système «super small ball» est peut-être le plus délicat à gérer pour les Angelenos.
Déjà parce que Davis, aussi versatile soit-il, préfère tout de même déborder des grands en vitesse. Il a plus de mal à rouler sur des défenseurs plus petits façon bulldozer. Battre les Texans revient à marquer beaucoup de points. Ce qui est justement le problème des Lakers en ce moment. n