«Tobias Harris plutôt que moi ? Tobias Harris plutôt que moi ?» Répétait Jimmy Butler, le sourire aux lèvres et le ton tout aussi provocateur que méprisant. Quelques instants plus tôt, il venait de porter le coup de grâce aux Sixers : 32 points et une victoire à Philadelphie pour mener le Heat vers ses deuxièmes finales de Conférence en trois saisons. Les mots du bonhomme, qui se savait évidemment filmé, avaient pour objectif de rappeler à tous que les dirigeants de la franchise de Pennsylvanie ont prolongé Tobias Harris pour 180 millions sur cinq ans en 2019, laissant ainsi Butler filer vers Miami.
En réalité, ils lui ont surtout préféré Ben Simmons, qu’ils n’imaginaient s’épanouir en tant que meneur à ses côtés. Quelle ironie. Mais dans tous les cas, il n’a pas oublié. De quoi le motiver encore plus à donner le meilleur de lui-même. Les Floridiens se sont finalement qualifiés en six manches avec plus de 27 points, 7 rebonds et 5 passes de moyenne de leur arrière All-Star. Du grand Jimmy «Buckets.» Comme à son habitude à ce stade de la compétition.

JIMMY BUTLER, UN SPÉCIALISTE DES PLAYOFFS
Moins mis en avant que la plupart des superstars de la ligue pendant la saison régulière, le joueur de 32 est l’un des hommes les plus prolifiques et les plus performants de ces deux premiers tours de playoffs. Il se hisse tout là haut, avec les Giannis Antetokounmpo, les Luka Doncic ou encore les Jayson Tatum. Deux d’entre eux sont encore en course pour le trophée et le dernier nommé sera même son adversaire direct lors des finales à l’Est qui débute ce mardi soir à Miami.
Un nouveau match dans le match pour le jeune joueur des Celtics, qui vient coup sur coup de prendre le dessus sur Kevin Durant puis Giannis. Mais pas de quoi faire reculer Butler. Parce qu’il est formaté pour ce basket là, celui qui commence en avril et termine en juin. Les trois mois qui comptent «vraiment» en NBA. Draymond Green fait même une distinction entre ce qu’il qualifie de «82 games player» et les «16 games player.» Sa manière bien à lui de différencier ceux qui sont taillés pour briller pendant la saison régulière et ceux qui haussent leur niveau de jeu une fois arrivés en playoffs.
Pour Butler, ça ne fait aucun doute : il appartient à la deuxième catégorie. Ça ne veut pas dire qu’il ne joue pas bien avant l’arrivée du printemps. Le bonhomme est tout de même un sextuple All-Star et il a été nommé quatre fois dans l’une des trois «All-NBA Teams» de l’année (à chaque fois dans le troisième cinq). Il est bon, voire très bon pendant 82 matches. Puis il excelle ensuite. D’ailleurs, ses statistiques sont encore une fois à la hausse. Il est passé de 21,4 à 28,7 points de moyenne tout en affichant aussi de meilleurs pourcentages, notamment à trois-points (36% contre 23%).

UN FRANCHISE PLAYER PARTI DE RIEN
Il est animé par les duels à enjeu les plus intenses et les plus disputés. Peut-être parce que le natif de Tombale, Texas, n’y était… absolument pas destiné. Abandonné par sa mère à l’adolescence, il aurait pu partir en vrille d’une dizaine de manières différentes. Il a erré dans la rue avant d’être accueilli par la famille d’un ancien coéquipier au lycée. Ce qui lui a permis de continuer à s’investir dans sa passion et de finalement décrocher une scolarité à l’université de Marquette. Même là, rien n’indiquait qu’il jouerait un jour en NBA. Et encore moins qu’il deviendrait une star.
Il est arrivé aux Bulls par la petite porte, drafté en derrière position du premier tour en 2011. Tom Thibodeau ne l’a quasiment pas utilisé lors de sa première saison.
Même pas 8 minutes de moyenne pour 2 petits points. Sauf que Butler s’est acharné à bosser constamment pour progresser dans tous les secteurs du jeu. Au point de devenir un bon joueur de rotation. Puis un titulaire. Puis un lieutenant de luxe de Derrick Rose à Chicago. Et enfin un All-Star. Aujourd’hui, il est le «franchise player» de Miami.
Sa personnalité particulière est le fruit de son parcours chaotique. En fait, Jimmy Butler est une star sur bien des aspects mais il a conversé sa mentalité de joueur de devoir qui ne rechigne pas devant les tâches les plus ingrates. Surtout, il prend plaisir à se sublimer dans les moments les plus importants. Avec 7 points de moyenne dans les quatrièmes quart-temps, à 54% de réussite qui plus est, il est le cinquième joueur le plus productif dans le money time depuis le début des playoffs. «Il faut qu’il se transforme en Jimmy Buckets à cette période de l’année et il n’y a même pas besoin de lui rappeler», avoue Kyle Lowry.

LE SEUL ESPOIR DE MIAMI ?
Il le faut même d’autant plus cette saison. Contrairement aux autres équipes encore en lice, le Heat ne s’appuie pas sur l’un des 7 ou 8 meilleurs joueurs du monde. Attention, les Floridiens ont des arguments à la pelle : un coach génial, un collectif abouti, une rotation profonde, une défense de fer, etc. Mais il leur manque ce super talent qui fait finalement souvent la différence en playoffs. Un Tatum. Un Curry. Un Doncic. La série gagnée par les Mavericks contre les Suns en est le parfait exemple. Le Slovène a été – de loin – le joueur le plus dominant sur le terrain et ça a fini par faire pencher la balance en faveur de Dallas.
C’est un peu comme si Miami disposait de tous les bons ingrédients pour être champion… sauf cette individualité d’exception qui leur permettrait de vraiment franchir un cap. Pour illustrer le propos, imaginez seulement la même équipe mais avec Kevin Durant, LeBron James ou Giannis Antetokounmpo à la place de Butler. Les dirigeants font avec ce qu’ils ont. Et le guerrier a déjà prouvé en 2020 qu’il pouvait mener son équipe jusqu’en finales. En sortant d’ailleurs Tatum et Giannis dans la bulle.
Il sera contraint d’aller au-delà de ses capacités. Le Heat peine à marquer des points et cette série s’annonce justement défensive. Mais pour vraiment prendre le dessus sur les Celtics, il doit remporter son duel à distance avec Tatum. Parce que Miami a eu beau finir premier de la saison régulière, la logique est différente en playoffs. Et en tant que pur «16 games player», Jimmy Butler le sait mieux que quiconque.