Pour LeBron James, la vieillesse est tout sauf une ennemie. Pas sûr que le Kid d’Akron se retrouve dans le Cid de Corneille. L’ailier est dans la forme de sa vie ces dernières semaines, lui qui vient de fêter son 38e anniversaire. Et alors qu’il pouvait sans doute avoir, en début de saison, le sentiment d’avoir tant vécu en NBA que pour l’infamie que lui offraient ses Los Angeles Lakers, la franchise californienne semble avoir trouvé la voie vers la course aux play-offs dans la Conférence Ouest.
L’Angelino vient d’être élu joueur de la semaine lundi, pour la deuxième fois en trois septaines de janvier. Dans sa quête de l’histoire, la grande, du basket, LeBron James laisse de côté cette barrière biologique que le poids des années devrait finir par lui imposer. Sur ses dix derniers matches et depuis sa 38e bougie soufflée lors d’un déplacement à Atlanta le 30 décembre, James tourne à 35,1 points, la meilleure moyenne de toute la NBA sur la période, à 53% de réussite au tir, 9,6 rebonds et 7,9 passes (10e passeur).
Une série dans ses plus hauts standards, quand le commun des mortels, et même du gratin de la ligue vit son crépuscule à un âge aussi «avancé». Dans l’histoire de la NBA, il est le quatrième joueur à produire une telle ligne de statistiques sur une série de dix matches. Aucun des trois précédents n’avait plus de 29 ans.
Des performances de niveau XXL sur une telle durée, on ne devrait plus être surpris vu l’animal en question. Mais de telles lignes comme ses 47 points, 10 rebonds, 9 passes en guise de cadeau d’anniversaire laissé aux Hawks finissent par nous faire nous demander si l’horloge qui défile a la moindre emprise sur lui.

LE MEILLEUR VIEUX DE LA NOUVELLE ANNÉE
Rien ne garantit que «LBJ» parviendra à tenir de pareils chiffres jusqu’à la fin de la saison régulière. Mais même un retour à sa normale constituerait une anomalie, un pied de nez formidable au temps qui passe. Ils ne sont que trois dans l’histoire à avoir tourné à 15 points de moyenne sur une saison une fois l’âge de 38 ans atteint. James est sur les bases d’une saison à 30 points, le double de ce club déjà très fermé, loin devant les 23,4 unités par match de Kareem Abdul-Jabbar, dont il chasse le record historique de points en carrière, en 1986.
Surtout, ce niveau de jeu de MVP n’est pas en vain. Dans le sillage de leur numéro 23, les Lakers voguent enfin sur un rythme de croisière après l’agitation du début d’exercice. Alors qu’on leur prédisait le pire après la blessure au pied d’Anthony Davis mi-décembre, la troupe de Papy LeBron fait mieux que résister. Los Angeles s’est maintenu au-dessus des 50% de victoires sur la période (10 victoires – 9 défaites), et restent même sur huit succès lors de leurs douze derniers matches. Ce, alors que le calendrier était tout sauf clément avec des victoires contre Miami, Atlanta, Sacramento ou encore Memphis, alors invaincu depuis onze matches. Plus déterminant que jamais, LeBron James fait ce qu’il fait de mieux : tirer ses coéquipiers plutôt que la couverture. Davantage impliqués, le pivot Thomas Bryant et le meneur Dennis Schröder ont enfin lancé leurs saisons (respectivement 16,4 points, 10,1 rebonds, et 16,1 points, 4,4 passes depuis le match des 38 ans du King contre les Hawks). Russell Westbrook est lui de plus en plus à l’aise dans ce rôle de traction en sortie de banc et a enchaîné cinq matches à 20 points ou plus pour la première fois depuis novembre 2021. Le premier objectif de se raccrocher au wagon des play-offs, qui avait pris des airs de chimère, n’est plus si fantaisiste. Parce qu’ils tournent enfin, et aussi il est vrai parce que la Conférence Ouest peine cette saison, les Lakers ne sont plus qu’à une victoire de la 10e place synonyme de play-in. Regarder un peu plus haut n’est pas non plus inconcevable, avec deux succès de retard sur les Clippers, 6e, quatre sur les New Orleans Pelicans, 4e et à la peine avec l’absence de leur leader Zion Williamson (3-7 sur les dix derniers matches).

LA FILIATION KOBE
En leader de Pourpre et Or, ce LeBron James version vétéran n’est pas sans rappeler Kobe Bryant, pilier des siens jusque dans sa deuxième partie de carrière. Le Black Mamba était allé jusqu’à se donner le surnom de Vino, pour sa capacité à bien maturer avec les années, comme les bons vins. Mais les blessures et le marasme collectif des Lakers avaient eu raison des dernières saisons de Kobe, usé à plus d’un titre. Les séjours à l’infirmerie, l’anonymat d’exercices bouclés prématurément, voire sans play-offs comme la saison passée, LeBron James aussi en a connus. Mais ce millésime 2023 est une preuve de plus que King James n’est pas fait du même tonneau que ses semblables. En tout cas s’il reste sur sa lancée.
Le retour prochain d’Anthony Davis devrait le décharger un peu, surtout si l’intérieur retrouve son niveau gargantuesque d’avant son (énième) pépin physique. Il pourrait être temps, alors que James squatte encore le Top 10 du classement des minutes jouées par match (36,2) et qu’il devra ménager au mieux son corps pour espérer aller loin en phase finale. «Un trop gros temps de jeu pour ma 20e saison en NBA ? Ça n’a pas vraiment d’importance pour moi, a-t-il clamé aux médias après la victoire des siens face aux Grizzlies vendredi dernier. Si je suis sur le terrain, je dois faire les bonnes actions pour notre équipe et nous aider à gagner, peu importe mes minutes.»
Comme pour nous rappeler qu’il est encore humain, LeBron est toutefois incertain – comme fréquemment, sans conséquences – dans la nuit de mardi à mercredi, contre le voisin honni des Clippers. Avec pour objectif une nouvelle série à faire durer, un trentième match consécutif avec au moins 20 points inscrits. <