Reporters : Les graves évènements en cours actuellement aux Etats-Unis mettent-ils en évidence une triste réalité, une discrimination raciale endémique ?
Barah Mikaïl : Cela ne fait aucun doute. Malgré les avancées obtenues par les membres de la communauté dite afro-américaine le long de ces dernières décennies, racisme, discrimination et exclusion demeurent au rendez-vous. Ils s’exercent de manière géographique et socio-économique surtout, comme indiqué régulièrement par les études et statistiques en la matière. Le cas George Floyd est très significatif à cet égard, il vient nous rappeler que, outre les déséquilibres socio-économiques, les personnes de couleur noire demeurent les plus exposées en nombre et en pourcentage aux abus exercés par les forces de police. Il en va de même concernant d’autres domaines, dont la population carcérale américaine, formée en un peu plus de la moitié de personnes de couleur noire. En opérant une perspective à échelle longue, le fait est que la condition moyenne des Afro-Américains s’est améliorée à travers les décennies. Mais pas assez pour que l’on puisse parler de justice et de parité.

L’attitude extrême du Président Trump dans le traitement de la crise est-elle à mettre sur le compte de la proximité de l’élection présidentielle ?
Il ne fait aucun doute que Donald Trump est un représentant de la droite extrême, pour ne pas dire plus, rien dans son attitude ni dans son entourage ne le montre ouvert à la diversité. Cela inclut les questions dites raciales, ou même religieuses, et je pense que les dispositions qu’il a prises depuis son arrivée à la Présidence, ainsi que de multiples déclarations de sa part, sont claires en ce sens. S’ajoute à cela que Donald Trump a clairement été le Président de la division aux Etats-Unis et ce à quoi nous assistons aujourd’hui le traduit très bien. Non pas une division raciale, mais plutôt une division de type socio-ethnique et idéologique, bien sûr, qui se traduit par l’Apocalypse à laquelle l’on assiste aujourd’hui : une division brutale et rigide de la population américaine autour d’un ensemble de considérations opposant finalement les tenants de principes humanistes à ceux qui n’en ont réellement cure, au niveau de la société s’entend. Car au niveau politique, cela est aussi évidemment récupéré par les opposants à Trump, tel Joe Biden, à des fins de principe peut-être, mais d’opportunisme électoraliste surtout. Et c’est là que vient une partie de la réponse à cette question. Evidemment, l’approche de l’élection présidentielle rend les attitudes politiques encore plus tranchées et intéressées, d’un côté comme de l’autre de l’échiquier politique. Mais cela ne quitte en rien le fait que Donald Trump aurait très probablement agi de la même manière à n’importe quel autre point de sa présidence.

Ces évènements graves pourraient-ils sérieusement fragiliser la position des Etats-Unis dans le monde ?
C’est une question qui se pose en effet, l’image donnée par les USA devant ces évènements a vite fait le tour du monde et les slogans scandés par les anti-Trump ont vite été récupérés par des communautés se sentant opprimées de par le monde et voulant attirer l’attention sur leur sort de par leur réutilisation du contexte étatsunien. Pour autant, et quand bien même beaucoup de dossiers ont tendance à être traités de la même manière indépendamment des Républicains ou des Démocrates qui sont au pouvoir, il ne fait pas de doute que nous sommes devant les limites du «moment Trump», mais pas nécessairement, du moment américain. L’avenir des Etats-Unis répond plutôt à des considérations en lien avec les relations économiques internationales, le leadership, et évidemment, la nature du système international. On entend souvent le fait que le monde serait multilatéral : ce n’est pas mon impression. Les outils du multilatéralisme sont là, mais le monde demeure à tendance unilatérale, tiré par la locomotive états-unienne depuis maintenant trente ans. Cela restera-t-il le cas ? Les cycles historiques nous enseignent que non. Est-ce pour autant que le «moment Trump» signe la chute des Etats-Unis ? Il pourrait à tout le moins l’accélérer. Mais cette lecture doit prendre en compte nombre d’autres paramètres qui dépasseraient même le cadre d’une éventuelle réélection de Donald Trump à la présidence.