L’argentier du pays a mis fin aux fonctions des présidents-directeurs généraux (PDG) des six banques publiques et transféré leurs prérogatives de gestion aux présidents des conseils d’administration (PCA) et aux directeurs généraux (DG). Jeudi 29 avril, Aymene Benabderrahmane a justifié sa décision par l’impératif pour ces établissements bancaires d’une nouvelle gouvernance hissée au niveau des standards internationaux et la nécessité de performer leur mobilisation de l’épargne, ainsi que leur contribution au financement de l’effort économique national.

Par Hakim Ould Mohamed
Le ministre des Finances Aymen Benaderahmane a mis fin, jeudi, aux fonctions de Président-Directeur général (PDG) des six banques publiques, transférées désormais aux Présidents des conseils d’administration (PCA) et aux Directeurs généraux (DG). C’est ainsi que Houari Rahali a été nommé PCA de la Banque extérieure d’Algérie (BEA) alors que Lazhar Latrèche a été reconduit comme DG de cette banque. Mohamed Larbi a été nommé PCA du Crédit populaire d’Algérie (CPA) et Ali Kadri, DG de la même banque. Pour la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR), Nacer Laouami a été nommé PCA et Mohand Bourai reconduit au poste de DG. La Caisse nationale d’épargne et de prévoyance (Cnep-Banque) a vu la nomination de Mustapha Chaabane en tant que PCA et de Samir Tamrabet en tant que DG. Saïd Dib et Youcef Lalmas ont été respectivement nommés PCA et DG de la Banque de développement local (BDL), quant à la Banque nationale d’Algérie (BNA), le ministre a nommé Ramdane Idir comme PCA et Mohamed-Lamine Lebbou comme DG. Selon les explications fournies par le ministre des Finances, ces changements à la tête des six banques publiques répondent à l’objectif de hisser leur niveau de gouvernance aux standards internationaux afin d’améliorer leur contribution au financement de l’économie nationale. Le ministre n’a pas manqué de rappeler aux nouveaux managers les impératifs de la conjoncture, dont la bancarisation de l’économie informelle et le financement de l’économie, non sans les mettre en garde, en soulignant, dans la foulée, qu’il sera procédé à des évaluations régulières dans ce sens par le ministère de tutelle. «Il faut que les efforts soient particulièrement orientés vers la mobilisation de l’épargne et l’amélioration de l’offre de financement de l’économie nationale», a-t-il estimé. Insistant sur la nécessité d’accompagner le citoyen et l’opérateur économique dans les différentes procédures bancaires et de respecter la directive ministérielle visant la prise en charge des dossiers de crédit dans un délai ne dépassant pas 30 jours. De prime abord, cette fin de mission notifiée aux PDG des six banques publiques s’annonce comme une sanction en ce sens que certaines mesures prises, aussi bien par la Banque centrale que par le gouvernement, n’étaient que faiblement appliquées par certaines banques de la place. On se rappelle des mises en garde adressées par l’institution monétaire à certaines banques n’ayant pas transposé sur le terrain, une année après, les mesures d’appui qu’elle a initiées à l’effet de contenir l’impact de la crise de la Covid-19 sur l’économie nationale. La Banque centrale avait également annoncé une faible évolution, soit de 3% seulement, des crédits à l’économie en 2020. Du reste, ces nouveaux changements à la tête des banques publiques, qui éliminent la fonction de PDG, sont venus enterrer la précédente réforme annoncée du temps où Mohamed Loukal était ministre des Finances et qui consistait à injecter des administrateurs indépendants dans les conseils d’administration des banques publiques. Cette réforme, datée de 2019, qui semble faire long feu, devait asseoir une nouvelle gouvernance au sein des banques publiques dans le cadre de la réforme des organes de gestion pour plus d’efficacité, plus de transparence et un meilleur contrôle interne. Annoncé en réunion du gouvernement, l’appel qui devait être fait aux administrateurs indépendants devait séparer les rôles et déterminer les responsabilités aussi bien des PDG que des PCA aux fins de développer des systèmes efficaces de surveillance et de contrôle internes, d’ancrer l’esprit de transparence et de parer, par la même, au chevauchement des prérogatives. Le gouvernement décide, deux années plus tard, de faire table rase de ces mesures et de prendre option en faveur d’une nouvelle organisation qui met les PCA et les DG au centre de la gouvernance. Les PDG qui monopolisaient jusqu’ici la décision sont évincés désormais de l’organigramme dans le but, semble-t-il, d’accélérer l’application des mesures de réponse à la conjoncture financière et économique que traverse le pays. Il s’agit, entre autres, de mettre les moyens des banques au service du captage de l’épargne et sa réorientation vers le financement de la croissance. <