Par Khaled Remouche
L’embellie attendue par la Banque mondiale devrait offrir à notre pays l’opportunité d’un répit sous conditions.
La tendance haussière en matière de prix du brut se maintiendra, selon la Banque Mondiale. Selon ses prévisions, la moyenne des prix du brut atteindrait 74 dollars en 2022 contre 70 dollars en 2021, avant de se situer à 65 dollars en 2023. « Les cours du pétrole (moyenne du brent, du WTI et du Dubai) devraient atteindre 74 dollars le baril en 2022 contre 70 dollars prévue pour l’année 2021, avant de baisser à 65 dollars », lit-on dans son dernier rapport (Commodity Markets Outlook). Les cours du pétrole devraient atteindre ce niveau l’an prochain en raison de la hausse de la demande mondiale qui devrait renouer avec les niveaux d’avant la pandémie. Dans ce scénario optimiste, l’économie nationale bénéficiera des retombées positives de ce rebond des prix du pétrole en 2021 et 2022.
En premier lieu, les recettes en devises du pays, tirées des exportations d’hydrocarbures, sont en hausse. Le PDG de Sonatrach prévoit des recettes d’hydrocarbures à hauteur de 33 milliards de dollars en 2021. Dans le scénario de la Banque Mondiale, ce niveau de recettes se maintiendra en 2022, mieux, et sera en hausse si la production pétrolière et gazière de l’Algérie est en augmentation en 2022. En second lieu, les recettes fiscales pétrolières seront en hausse et donc susceptibles de réduire l’énorme déficit budgétaire : 4 000 milliards de dinars prévus par la loi de finances pour 2022. Le niveau de prix prévu en 2023 dans le scénario de la Banque Mondiale permettrait de maintenir ce montant de recettes en devises au cas où la production de pétrole et de gaz poursuit sa hausse au cours de cet exercice, à la faveur de la mise en service probable à cette période de plusieurs nouveaux gisements de pétrole et de gaz, notamment ceux de Tinhert et de Aïn Tsila.
Mais, ne nous emballons pas. La préservation de ces recettes hydrocarbures dépendra, outre des fondamentaux, niveau de prix du brut et niveau de production, mais, également, des progrès dans la réduction de la demande domestique en produits pétroliers et en gaz du fait de la mise en oeuvre des programmes annoncés par le gouvernement en matière d’économie et d’efficacité énergétique.
Il faut rappeler, également, qu’il faudrait des prix du pétrole supérieurs à 100 dollars pour espérer équilibrer le budget de l’Etat. Donc tirer profit pleinement de cette hausse des prix du pétrole conjuguée à celle du gaz signifie pour l’Algérie d’augmenter la production pétrolière et gazière à tout prix. Sonatrach bénéficie d’un facteur favorable, la production pétrolière du pays autorisée par l’Opep est fixée à plus de 900 000 barils/jour. Quant au gaz, Sonatrach devra impérativement mettre en service, en 2022 et 2023, les nouveaux gisements qui ont connu des glissements dans le planning des travaux de développement de ces champs.
La politique budgétaire n’est pas en reste. Le gouvernement est appelé à rationaliser ses dépenses, à améliorer les recettes fiscales à travers une meilleure collecte de l’impôt et une meilleure appréhension de l’assiette fiscale. La diversification de l’économie, en un mot, les efforts de sortie de la dépendance pétrolière permettront une meilleure utilisation des recettes pétrolières. Les recettes fiscales pétrolières devraient servir, en effet, à financer de bons projets d’investissements publics et non pas couvrir le budget de fonctionnement. La mise en oeuvre du partenariat public et privé avec la finalisation du projet de texte législatif sur cette formule de financement des infrastructures et des projets, notamment en matière de développement des énergies renouvelables.
En somme, tirer profit de cette conjoncture favorable dépend de conditions qui ne sont pas toutes réunies aujourd’hui.
Le gouvernement aura donc fort à faire en 2022 et 2023 pour bénéficier pleinement de cette période de répit. Mais si le scénario de la Banque Mondiale ne se réalise pas, du fait d’une conjoncture internationale défavorable, notamment un regain de la pandémie, la situation sera plus compliquée. C’est ce que nous ne souhaitons pas. <