Le baril du Brent, référence européenne, devrait coter en moyenne à 35 dollars en 2020, un niveau qui correspond à une sévère correction par rapport aux prévisions d’octobre dernier et à une chute de 43 % au regard de la moyenne de 61 dollars enregistrée en 2019, selon l’édition d’avril du Commodity Markets Outlook de la Banque mondiale.


Cette institution estime que la demande mondiale de pétrole devrait connaître «un effondrement inédit en 2020», ce qui maintiendrait les prix sous une forte tension. «Cette chute, qui traduit un brusque effondrement de la demande, a été accélérée par les incertitudes entourant les niveaux de production des principaux producteurs de pétrole. Les mesures visant à freiner la circulation du virus ayant restreint la plupart des déplacements, la demande d’or noir devrait baisser de 9,3 milliards de barils par jour cette année — un plongeon inédit — loin des 100 millions de barils/jour de 2019», écrit la Banque mondiale dans son rapport, actualisé en avril, sur les marchés et les prix des produits de base. Selon les prévisionnistes de cette institution, les tentatives récentes de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et des autres pays producteurs de réduire leur production pour enrayer cet effondrement de la demande devraient détendre légèrement les marchés pétroliers. Toutefois, à plus long terme et dans la mesure où il soutient les prix, l’accord actuel «sera victime des mêmes facteurs qui ont conduit à l’échec des précédents accords de l’OPEP ou d’autres pactes autour des matières premières : émergence de nouveaux producteurs, substitution d’autres produits et gains d’efficacité». De toute façon, si les prévisions de la Banque mondiale sur l’évolution des prix du pétrole en 2020 venaient à se vérifier, nombreux sont les pays producteurs qui risquent de connaitre de sérieuses difficultés de trésorerie. Ce niveau des prix amputerait une moitié de la valeur des exportations algériennes par rapport à 2019.
A l’issue de cette année, le pays avait exporté ses hydrocarbures pour une valeur de 33 milliards de dollars, alors que le cours du pétrole algérien a évolué autour de 65 dollars le baril durant la même année. Globalement, les cours de l’énergie (gaz naturel et charbon compris) «devraient baisser en moyenne de 40 % en 2020 par rapport à 2019, même si les experts s’attendent à un rebond sensible en 2021», écrit la Banque mondiale dans son rapport.

Risques d’insécurité alimentaire
Sur un autre chapitre, le Commodity Markets Outlook de la Banque mondiale dit entrevoir des risques d’insécurité alimentaires dans certains pays importateurs à l’horizon 2021 si les restrictions du commerce mondiale ne seraient pas levées. «D’une manière générale, les marchés de denrées alimentaires sont bien approvisionnés. Mais la sécurité alimentaire suscite des inquiétudes grandissantes face à l’annonce de restrictions commerciales par plusieurs pays, dont notamment des interdictions d’exportation de certains produits, et à des politiques d’achats excessifs», soulignent les experts de cette organisation financière multilatérale. De même, poursuivent-ils, «la production agricole pourrait, surtout lors de la prochaine campagne, pâtir de la désorganisation du commerce et des difficultés dans la distribution des intrants (engrais, pesticides et main-d’œuvre). Les problèmes touchant les chaînes d’approvisionnement ont déjà fragilisé les exportations de produits périssables de certaines économies émergentes et en développement, comme les fleurs, les fruits et les légumes». Ainsi, en un mot, même si les niveaux de production et les stocks mondiaux de produits alimentaires restent importants, des difficultés sont à craindre du fait des restrictions du commerce mondial imposées par de nombreux pays. De ce fait, les pays importateurs risquent de faire face à des tensions sur l’offre et à des problèmes de logistique touchant essentiellement le transport. «Malgré des marchés bien achalandés, les restrictions d’exportation pourraient menacer la sécurité alimentaire des pays importateurs», alerte la Banque mondiale. «Plus largement, l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les marchés des produits de base pourrait entraîner des changements à plus long terme : renchérissement du coût des transports du fait de contraintes supplémentaires lors du franchissement des frontières ; alourdissement des coûts commerciaux, en particulier pour les produits agricoles et alimentaires et pour les textiles ; et conséquences sur les échanges et les prix mondiaux des décisions de stocker certaines matières premières». L’institution avertit par le biais de son Commodity Markets Outlook que les pays qui devraient souffrir le plus de cette situation de crise, imposée par le covid-19, sont les marchés émergents et les pays en développement dépendants des produits de base. Bien évidemment, l’Algérie est réputée pour être un grand importateur mondial de produits alimentaires, dont les céréales, la poudre de lait essentiellement. Cependant, la politique des stocks de sécurité adoptée par l’Algérie pourrait lui permettre de faire face à la situation, à la condition que celle-ci ne s’inscrive pas dans la durée. n