Synthèse par Sihem Bounabi
La Banque mondiale a alerté, hier, sur l’écart qui se creuse de plus en plus entre les pays riches et les pays pauvres en termes de croissance économique, notamment à cause de la disparité des avancées de la campagne de vaccination contre la Covid.
En effet, malgré les chiffres optimistes qui annoncent que l’économie mondiale va enregistrer cette année sa plus forte croissance en 80 ans, les pays pauvres, en manque de vaccins contre la Covid, continuent d’être à la traîne. Ainsi, «les économies avancées vivent leurs meilleurs jours, les pays à faible revenu les pires», souligne Ayhan Kose, vice-président de la Banque mondiale au cours d’un entretien avec l’AFP.
En termes de chiffres, il a été relevé de 1,5 point à 5,6% sa prévision de croissance mondiale 2021, tirée par un fort rebond de quelques économies majeures avancées dont les Etats-Unis. De leurs côtés, les économies émergentes et en développement vont enregistrer une croissance de 6%.
En théorie, «c’est plutôt (un taux) impressionnant», a réagi le vice-président de la Banque mondiale. «Mais c’est que la Chine joue un rôle important, avec une croissance attendue de 8,5%», explique l’économiste. «Hors Chine, la croissance de ces pays ne sera plus que de 4,4% et si l’on prend uniquement les pays à bas revenus, la croissance tombe légèrement au-dessous de 2%», a-t-il détaillé.
La Banque mondiale estime, dès lors, que «les décideurs doivent garder à l’esprit qu’il est absolument essentiel de vacciner rapidement et partout, pas seulement dans les économies avancées».
De son côté, le président de la Banque mondiale, David Malpass, souligne dans un communiqué que «bien qu’il y ait des signes encourageants de reprise mondiale, la pandémie continue d’infliger pauvreté et inégalités aux populations des pays en développement du monde entier». La disparité entre les différentes économies mondiales s’illustre également par le fait que quelque 90% des économies avancées devraient retrouver leurs niveaux de revenu par habitant d’avant la pandémie d’ici 2022. Mais, seulement environ un tiers des pays émergents et en développement devraient en revanche y parvenir.
Les économies à faible revenu cumulent, elles, les difficultés puisqu’elles subissent aussi une aggravation de l’insécurité. D’autres risques brouillent en outre l’avenir des pays émergents, notamment l’inflation, souligne la Banque mondiale. Les pays à faible revenu sont aux prises avec la hausse des prix des aliments, qui représentent environ la moitié de la consommation des ménages. Et cela conduit à une insécurité alimentaire croissante dans ces pays.
Avec une reprise économique désynchronisée à travers le monde, une remontée brutale des taux d’intérêt, en particulier aux Etats-Unis, fragiliserait encore un peu plus ces pays qui seraient confrontés à l’augmentation des coûts de refinancement de leur dette. Le président de la Banque mondiale exhorte donc à «une coopération mondiale continue» et à une «participation du secteur privé pour alléger la dette des plus pauvres des pays». <