Bouleversement inattendu à la Banque d’Algérie ! Tombée hier en fin d’après-midi, l’information a surpris : le chef de l’Etat a mis fin aux fonctions du gouverneur M. Rostom Fadhli et l’a remplacé par M. Salah Eddine Taleb. Le changement opéré par M. Abdelmadjid Tebboune s’est effectué en «vertu des dispositions des articles 91 alinéa 7 et 92 alinéa 7 de la Constitution», a précisé un communiqué de la présidence de la République.

par Kahina Sidhoum
En raison de son importance, il constitue sans aucun doute l’évènement qui sera le plus commenté durant cette semaine et, peut-être même, au-delà, estiment des observateurs sollicités hier par Reporters. «C’est que toute modification au sein de l’encadrement du coffre-fort du pays relève de l’exceptionnel dans la vie institutionnelle du pays», a relevé un ancien haut fonctionnaire qui a requis l’anonymat. «C’est sans doute annonciateur d’un mouvement qui devrait toucher d’autres postes centraux et d’autres responsabilités au sein de la Banque centrale et, hypothèse forte, d’autres grandes administrations de l’Etat», ajoutera un autre observateur du secteur bancaire et financier algérien. Une supposition rendue d’autant plus crédible que le président de la République a récemment fait état de son intention de procéder à un remaniement de gouvernement et de son équipe exécutive.
D’ici là, les commentaires ont surtout concerné les profils du «sortant» et du «rentrant». Le désormais ancien gouverneur, M. Fadhli, est connu pour être un «enfant de la maison» et pour avoir été «un cadre qui a gravi tous les échelons par ses compétences. On se rappelle qu’il avait été vice-gouverneur de la Banque d’Algérie avant de passer à sa tête après la nomination de son prédécesseur Aïmene Benabderrahmane (l’actuel Premier ministre) au ministère des finances en juin 2020. Le mois prochain, il aurait donc fait deux ans au sommet de l’institution, mais le sort et la volonté politique en ont décidé autrement. Il restera de son parcours le souvenir d’un responsable contemporain et sans doute acteur de la «résilience» du système bancaire algérien durant les heures sombres de la pandémie du Covid-19 et d’avoir été un contempteur de la «réticence» des banques à accorder des crédits à l’investissement et du «manque de transparence» aussi des demandeurs de crédits qui ne présentent pas de bilans réels au fisc.
Le nouveau gouverneur, M. Salah Eddine Taleb, n’est pas une personnalité connue du public – ce qui n’est pas une nouveauté pour tous ceux qui ont été nommés à la tête de la BA après le départ de Mohamed Laksaci (démis de ses fonctions en juin 2016) et dans une institution réputée pour la discrétion de ses hauts cadres. On sait toutefois qu’il a occupé le poste de secrétaire général du Conseil de la monnaie et du crédit juste avant d’accéder au poste de gouverneur qu’il occupe officiellement depuis hier. On lui doit en mars 2022 la déclaration que la Banque d’Algérie avait autorisé l’ouverture de 90 agences durant l’exercice 2021 contre une soixantaine d’autorisations en 2020. Il arrive aux responsabilités dans un contexte marqué par l’ouverture prochaine de bureaux de représentation des banques algériennes à l’étranger, les textes relatifs à ce dossier devant être prêts au cours du second semestre 2022. Ce contexte est également caractérisé par l’actualité du numérique et du digital comme grands indicateurs de la réforme bancaire programmée par l’Etat et par la décision, prise le 7 mars dernier, que «seuls les projets stratégiques et structurants pour l’économie nationale sont éligibles aux financements extérieurs d’investissements». Nous y reviendrons. n