Andrew Bailey, actuel patron de l’Autorité des marchés britanniques (FCA), a été nommé vendredi gouverneur de la Banque d’Angleterre (BoE), institution au rôle clé pour maintenir l’économique britannique à flot dans la tempête du Brexit. Cet ex-gouverneur adjoint de la Banque d’Angleterre âgé de 60 ans prendra le 16 mars la suite de Mark Carney, qui a passé six années à la tête de l’institut monétaire, a indiqué le ministre des Finances Sajid Javid lors d’une conférence de presse. M. Javid a expliqué n’avoir eu «aucune hésitation» à choisir Andrew Bailey qui se détachait « clairement » : « Il a pris la tête de (la FCA) à un moment difficile et l’a transformée, mettant les besoins et intérêts des consommateurs en tête ». M. Bailey aura donc été préféré aux autres finalistes qui étaient évoqués depuis plusieurs mois, dont la patronne de la prestigieuse grande école London School of Economics, Minouche Shafik, ex-adjointe de M. Carney, ou Ben Broadbent, gouverneur adjoint actuel chargé de la politique monétaire.
Favori de la course depuis des mois, sa candidature pâtissait toutefois de plusieurs scandales financiers récents au Royaume-Uni – dont le dernier en date, la chute du fonds de l’ex-investisseur vedette Neil Woodford -, qui ont généré des doutes sur le travail de la FCA. D’après le Financial Times, les vues sur le Brexit des candidats auront également joué et auraient notamment disqualifié Mme Shafik, critique de la sortie de l’UE.

Du sérail
Malgré les critiques sur le manque de diversité dans la BoE, et des déclarations de M. Carney appelant à plus de femmes dans la finance, le choix s’est donc porté sur un homme du sérail, qui a passé la majeure partie de sa carrière à la Banque d’Angleterre.Ce diplômé de Queen’s College à Cambridge a commencé comme chercheur à la London School of Economics avant d’entrer à la BoE en 1985. Il est à la tête de la FCA depuis 2016. Il a eu un rôle clé à jouer pendant la crise financière et la « Grande Récession », pendant laquelle il était responsable des opérations spéciales de l’institut monétaire pour résoudre les problèmes du secteur bancaire. Il a notamment joué un rôle pivot dans le sauvetage gouvernemental de la banque Royal Bank of Scotland, racontant dans une interview au Financial Times que son trésorier était venu le voir dans un état de grande fébrilité en 2008 au pic de la crise pour lui demander: « j’ai besoin de 25 milliards de livres aujourd’hui. Tu peux faire ça ? J’ai dit ‘oui, je peux».
Le nouveau gouverneur de la BoE aura la lourde tâche de mener la politique monétaire du Royaume-Uni au moment de sa sortie de l’Union européenne, promise par le Premier ministre Boris Johnson pour le 31 janvier, au moment où l’économie britannique patine, freinée par trois ans et demi d’un difficile processus de Brexit. « Il lui faudra peut-être relever les taux d’intérêt », maintenus cette semaine par le comité de politique monétaire de la Banque centrale à 0,75%, « à des niveaux plus normaux ou risquer de devoir combattre le prochain retournement économique sans beaucoup de munitions », remarque Ruth Gregory, économiste de Capital Economics.
L’institution table sur une croissance pour les trois derniers mois de l’année à 0,1% par rapport au troisième trimestre, alors qu’elle tablait encore sur 0,2% en novembre. L’inflation actuellement à 1,5% reste en deçà de la cible de 2% de la BoE. Enfin, le nouveau gouverneur devra « préserver l’indépendance de la Banque face aux risques croissants d’interférence politique », ajoute Mme Gregory. Mark Carney a été salué par Sajid Javid pour avoir dirigé la BoE « avec conviction, rigueur et intelligence à l’un des moments les plus difficiles de son histoire ». Il laisse un bilan « honorable », estime Mme Gregory. Il a été un temps critiqué pour avoir pris de court à plusieurs reprises le marché, annonçant abruptement un relèvement prochain du taux directeur pour le repousser pendant plusieurs années. Mais il a été loué pour avoir rassuré les marchés constamment sur la solidité du système financier britannique depuis le référendum sur le Brexit en 2016.
Ce diplômé des universités d’Harvard et Oxford, qui a passé 13 ans à la banque d’affaires Goldman Sachs avant de rejoindre la fonction publique, puis de prendre la tête de la Banque centrale du Canada en 2008, s’engage en faveur du climat qui lui a valu d’être nommé futur envoyé spécial de l’ONU pour traiter ce sujet, en remplacement de Michael Bloomberg. C’est sous son égide que la Banque d’Angleterre a lancé un projet pionnier de tests de résistance visant à évaluer d’ici à 2021 les risques que fait courir le réchauffement de la planète sur le système financier.