La Banque centrale, dont le nouveau gouverneur vient d’être nommé, était et restera au cœur de la politique d’amortissement des effets du choc externe sur les fondamentaux de l’économie, en l’absence de réformes structurelles et des ajustements de fond auxquels elle n’a cessé d’appeler afin que les leviers de politique monétaire ne soient pas l’unique réponse à la crise financière.

La Banque d’Algérie a désormais un gouverneur. Le chef de l’Etat a indiqué, dimanche, avoir «signé, la semaine dernière, le décret portant nomination de Rosthom Fadhli au poste de gouverneur de la Banque d’Algérie». Le même jour, le Président de la République a demandé à son gouvernement «d’œuvrer à tirer profit de ces institutions financières en proportion de notre contribution à celles-ci, comme le font d’autres pays, et ce, en obtenant notre part de postes dans leurs organes et en bénéficiant de leurs moyens en matière de financement au profit de l’Algérie». C’est peut-être un hasard, mais le nouveau gouverneur de la banque centrale occupait jusqu’ici le poste de responsable des relations internationales à la plus haute autorité monétaire du pays. Si ce n’est un hasard, le rapport entre la nomination de Rosthom Fadhli à la tête de la banque centrale et les défis auxquels est désormais confronté le pays est vite établi. Au-delà des enjeux de cette nomination, la période d’intérimaire aura trop duré, tant il est vrai que cette situation est en contradiction avec la réglementation dans bien de situations et de décisions. Cet épisode d’intérim qui dure depuis la nomination de Aymen Benabderrahmane au poste de ministre des Finances est venu susciter d’autres questionnements sur l’autonomie de décision à la banque centrale, dont l’indépendance a été malmenée sous le coup de l’interventionnisme à répétition des politiques depuis 2014. La planche à billets et les dépréciations du dinar en est l’exemple. L’option de la monétisation des déficits n’avait pas un consensus au niveau de la Banque d’Algérie, alors que la politique du taux de change en vigueur depuis 2014 a été plusieurs fois critiquée par la banque centrale, invitant le gouvernement à lancer des réformes structurelles et des ajustements de fond pour que le taux de change ne soit pas l’unique ajustement face à la crise financière qui sévit dans le pays depuis la chute des cours du brut entamée depuis la mi-2014. Depuis Mohamed Laksaci, la politique monétaire a évolué dans le sens d’une pure réponse aux desideratas du gouvernement, acculé par une crise financière sans précédent. En l’absence de parechocs financiers et de solutions de miracles, le gouvernement appelait sans cesse à appuyer davantage sur les leviers monétaires tantôt pour faire face à la crise de liquidités, tantôt pour renchérir le coût des importations et faire augmenter le niveau de la fiscalité pétrolière libellée en dinar. Ceci a conduit à un usage excessif des leviers de la politique monétaire. Rosthom Fadhli arrive à la tête de la banque centrale alors que les tensions sur les liquidités ne s’estompaient point et les besoins de financement en dinar comme en devises sont de plus en plus grandissants. En un laps de temps de six mois seulement, la banque centrale a abaissé à trois reprises le taux de réserves obligatoire dans une quête permanente de libérer la liquidité. Etant donné la faiblesse de la marge de manœuvre, la banque centrale devrait expérimenter de nouvelles pistes ; la planche à billets n’étant pas exclue, tout comme le recours à l’endettement extérieur en privilégiant les emprunts auprès des institutions financières multilatérales.
Les enjeux futurs portent aussi sur l’impératif de réduire les déficits budgétaire et courant, l’accès aux crédits au profit de l’économie, la révision de certaines lois aux fins de libérer l’investissement et l’exportation hors hydrocarbures, une dépréciation du dinar tout en surveillant l’inflation et le pouvoir d’achat… C’est dire que les enjeux ne sont pas des moindres et la banque centrale sera assurément au four et au moulin, en l’absence jusqu’ici des réformes auxquelles elle avait plusieurs fois appelé. De toute façon, la politique monétaire est au cœur des stratégies d’amortissement des chocs externes qui, de prime abord, continuent de secouer les fondamentaux de l’économie.