La dynamique est engagée pour accélérer l’inclusion financière. Les banques sont destinataires de nouvelles instructions de la tutelle les invitant à redoubler d’efforts sur le front de bancarisation. L’argent circulant hors canal bancaire revient sous les feux des projecteurs. Cette instruction fait suite aux propos tenus par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de la dernière réunion gouvernement-walis, organisée jeudi dernier.

Par Hakim Ould Mohamed
Le chef de l’Etat avait envoyé du lourd à l’adresse des détenteurs de fonds en dinar, évoluant hors canal bancaire. Abdelmadjid Tebboune les a appelés à déposer leurs fonds rapidement auprès des banques. «Je lance un dernier appel à ceux qui ont accumulé de l’argent dans leurs foyers pour qu’ils le déposent dans les banques», a-t-il mis en garde, rappelant que l’Etat «a accordé de nombreuses garanties pour protéger le citoyen et l’économie nationale», non sans mettre en exergue les efforts consentis – jusqu’ici – par les banques, dont le développement de l’activité Finance Islamique et la digitalisation des opérations bancaires. Au lendemain de la réunion gouvernement-walis, la tutelle a demandé aux banquiers de la place de fournir un effort supplémentaire, en faisant preuve d’ingéniosité, au moment où l’Exécutif tente par tous les moyens à enrayer la pression inflationniste à travers, entre autres, des mesures monétaires, entamées en juillet dernier. Les banques sont censées traduire sur le terrain certaines de ces mesures, dont l’absorption des montants de monnaie fiduciaire en circulation hors canal bancaire. La hausse des quantités de monnaie et de billets de banques hors canal bancaire alimente l’inflation. L’ampleur de l’informel fausse la formation des prix et la transmission de la politique monétaire. L’Exécutif en est conscient. Le chapitre de l’inflation est difficile à refermer si un effort bancaire ne venait pas accompagner les mesures monétaires et autres actions censées refroidir les prix.

Assécher les sources de l’informel
Jeudi, le chef de l’Etat a affiché la fermeté de l’Exécutif quant à l’impératif de bancariser les fonds évoluant dans l’informel. Il a carrément accordé un ultime délai aux fortunes non bancarisées, sans donner de détail sur la suite des mesures si les «brebis égarées» ne revenaient pas au «bon chemin». Les banques commencent en tout cas à mobiliser leurs troupes en vue de convaincre les dernières poches de résistance. La massification des services et produits monétiques, la densification du réseau bancaire et l’élargissement du réseau de la Finance Islamique figurent également parmi les premières priorités inscrites sur l’agenda de l’actuel exercice. Revenir sur ces points serait renoncer aux objectifs fixés par le chef de l’Etat. Les montants circulant hors circuit bancaire donnent le tournis. Ils sont évalués à plusieurs dizaines de milliards de dollars, selon les estimations de certains experts, se basant sur les quantités de monnaie produites par la Banque d’Algérie et injectées dans le canal bancaire ces dernières années, rapportées aux montants recensés au niveau des banques. Le projet d’accélération de la bancarisation de l’économie est porteur de plusieurs ambitions. L’argent déposé doit permettre de diversifier les canaux de financement de l’économie, éponger les sources de l’informel, neutraliser les facteurs contribuant à l’inflation et revitaliser les canaux de transmission de la politique monétaire. L’Exécutif examine également les voies et moyens permettant d’assécher les veines du marché informel des devises, car préjudiciable à l’économie et permettant aux détenteurs des montants en dinar de les échanger contre des monnaies étrangères en vue, soit d’une thésaurisation en devises ou bien d’un transfert à l’étranger via les circuits de l’informel. Il s’agit par-dessus tout de matérialiser les ambitions de redonner au dinar ses lettres de noblesse. Car il serait tout compte fait peu logique que le dinar retrouve des couleurs sur le marché interbancaire, alors qu’il continue à être malmené dans les circuits invisibles du change, détenus de surcroît par des cambistes et des réseaux sans scrupules. En plus de l’étude menée actuellement avec le FMI (Fonds monétaire international) – appelé pour une expertise afin de trouver une parade au marché informel des devises – la réforme de la loi sur la monnaie et le crédit relance de plus belle le projet d’ouverture de bureaux de change. n