Pour capter les milliards de dinars qui circulent en dehors du circuit officiel, l’Exécutif lance un nouvel emprunt obligataire adossé aux préceptes de la charia et mise plus que jamais sur les Sukuks, la moudaraba, la moucharaka et autres pratiques considérées comme compatibles avec les convictions religieuses de ces Algériens qui tournent le dos à la banque classique. Y gagnera-t-il au change ? Une mise risquée !

Par Hakim Ould Mohamed
Après avoir annoncé, lors de sa dernière interview télévisée, le lancement dans les mois à venir d’un nouvel emprunt obligataire adossé aux préceptes de la Charia, à savoir les Sukuks, le chef de l’Etat est revenu à la charge cette semaine, lors du Conseil des ministres de dimanche, en demandant à son gouvernement de hâter le processus d’émission de bons du Trésor. L’Exécutif parie ouvertement en faveur de la finance islamique pour capter l’argent de l’informel. Lors du dernier Conseil des ministres tenu dimanche, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a instruit son Exécutif d’introduire des dispositions relatives à l’encouragement de l’inclusion financière en vue de capter les fonds en circulation dans le marché parallèle, notamment à travers une émission de bons du Trésor.
Le ministre des Finances Aymen Benabderrahmane a estimé la valeur des capitaux en circulation hors réseau bancaire à plus de 6 000 milliards de dinars à fin 2020. Ce montant correspondait, selon le ministre, à 34,73% de la masse monétaire à fin 2020. Aymen Benabderrahmane a affirmé que plusieurs produits conformes aux préceptes de la Charia islamique allaient être mis sur le marché afin de développer la finance islamique et améliorer, par là même, les taux de bancarisations des activités informelles. Il a ainsi énuméré, à la même occasion, 133 guichets bancaires dédiés à la commercialisation des produits de la finance islamique, pariant sur une hausse à 320 de ces guichets d’ici la fin de l’année en cours. En plus de cet investissement bancaire dans les guichets dédiés aux produits de la finance islamique, le gouvernement entend lancer dans les mois à venir un nouvel emprunt obligataire adossé aux préceptes de la Charia, à savoir les Sukuks. Le chef de l’Etat en a donné instruction et l’emprunt devrait être lancé dans les mois, voire les semaines à venir. Ce n’est pas la première fois que le chef de l’Etat instruit son gouvernement à l’effet d’accélérer la cadence en matière de développement de la finance islamique, considéré comme étant un des leviers importants pouvant contribuer à bancariser l’informel. Lors de sa dernière rencontre avec les médias nationaux, le chef de l’Etat a indiqué que le montant des fonds en circulation dans le marché parallèle oscillerait entre 6 000 et 10 000 milliards de dinars, pariant sur la finance islamique comme outil de bancarisation. « Nul ne détient le chiffre exact de l’argent en circulation en dehors du circuit officiel. Il oscillerait entre 6 000 et 10 000 milliards de dinars », a déclaré récemment Abdelmadjid
Tebboune.

Les Sukuks pour substituer aux emprunts classiques
Sur l’apport de la finance islamique à l’opération de bancarisation de l’argent de l’informel, le chef de l’Etat table sur des résultats positifs, faisant état de la récupération de 100 milliards de centimes en un seul mois. Outre l’ouverture de guichets dédiés à la finance islamique au sein des banques publiques, le chef de l’Etat a annoncé l’émission de titres conformes aux préceptes de l’Islam, à savoir les Sukuks. Ils sont en quelque sorte l’équivalent, dans le domaine de la finance islamique, des obligations de la finance classique. L’emprunt obligataire auquel faisait allusion le chef de l’Etat dans ses recommandations au gouvernement porte sur l’émission de Sukuks, en complément de l’investissement bancaire dans les guichets de la finance islamique. Le gouvernement compte beaucoup sur la finance islamique pour capter l’argent de l’informel. Cependant, les deux précédentes opérations, destinées à bancariser l’argent de l’informel, à savoir la mise en conformité fiscale volontaire et l’emprunt obligataire pour la croissance, se sont soldées par des bilans pour le moins maigres. A l’issue des six mois de sa validité, l’emprunt obligataire pour la croissance, lancé en avril 2016, n’a pu capter que 461,72 milliards de dinars, utilisés pour financer le déficit, alors que l’opération de mise en conformité fiscale volontaire, à laquelle 500 personnes seulement ont adhéré, n’a pu récolter que 35 à 50 milliards de dinars, selon les estimations officielles. Ces produits classiques n’ont pas capté beaucoup d’épargnants, ce qui a probablement motivé l’option prise par l’actuel gouvernement en faveur de la finance islamique. Celle-ci verra son processus de développement s’accélérer cette année, puisque les banques publiques s’activent depuis quelques mois déjà afin de proposer plusieurs produits conformes aux préceptes de l’Islam. Quant à la capacité de la finance islamique à drainer les capitaux en circulation hors banques, il faudra attendre quelques mois encore pour faire le bilan de cette démarche.