Au moment où l’on s’attendait à la stabilisation du déficit de la balance commercial suite aux «mesures engagées par le gouvernement», ce dernier repart à la hausse, passant de 1,87 milliard de dollars les 5 premiers mois de 2019 à 3,18 mds dollars en juin passé, soit presque le double. Un saut qui fait craindre le pire si des mesures ne sont pas prises pour réduire le décalage. Celui-ci est le résultat de recettes extérieures en baisse tendancielle, alors que le niveau des dépenses demeure incompressible. Des experts financiers et chercheurs contactés par nos soins sont d’avis à généraliser la rationalisation des importations à de nombreux services et non pas à se focaliser sur quelques-uns.
Autrement dit, rechercher les pistes et identifier les moyens qui pourraient conduire à une réduction des dépenses en devises. «Il est certain que les autres rubriques, biens de consommation non alimentaires, produits bruts (bois, minerais de fer, huile de soja et ses dérivés…), peuvent être également concernées et permettre que des économies substantielles puissent être réalisées», nous ont déclaré nos interlocuteurs. Mohamed Benabderrahmane, économiste, juge qu’«à partir du moment où les mesures de rationalisation des importations prises jusqu’ici, et qui ont concerné les blés, le lait, les équipements agricoles et industriels (collection CKD et SKD), et quand bien même leur acquisition est une exigence, n’ont pas donné les résultats escomptés, c’est-à-dire une baisse des dépenses en devises, alors que les recettes extérieures ne cessent de s’amenuiser drastiquement, il faudra mettre en place, au plus vite, une stratégie de diversification de l’économie du pays afin de générer des ressources nouvelles pour pallier cette dérive qu’est l’augmentation des dépenses en devises en dépit de toutes les mesures prises qui se sont avérées inefficaces».
Mais, pour Amor Khelif, chercheur au Cread, «devant l’inefficacité des mesures déjà prises, et comme il est impératif de stopper le déficit, et compte tenu que la diversification de notre économie ne peut se concrétiser à court terme, la solution qui reste est celle d’aller puiser dans les subventions accordées aux principaux produits de consommation importés, à l’exemple des céréales, du lait, des médicaments, qui sont particulièrement budgétivores et généreusement soutenus par le Trésor public. Une alternative qu’il sera difficile de faire admettre, notamment en cette période de crise politique.
Car il s’agit bien là de prendre une décision socialement douloureuse certes, mais d’un intérêt majeur pour l’avenir du pays. Ainsi, il s’agira de faire adhérer la population à cette option quand bien même elle est socialement difficile». De son côté, Abdelatif Rahmani, consultant en commerce international, reste convaincu de l’urgence de réduire nos dépenses en devises s’appuyant sur le fait que nos recettes extérieures vont continuer d’être en deçà des besoins du pays mais, par contre, certaines dépenses en devises seront incompressibles. «Le blé tendre, le lait et les médicaments dont nous sommes gros importateurs connaissent sur le marché international une tendance haussière et l’écart qui se creuse davantage, au fur et à mesure de cette hausse des prix, aggrave le déficit de la balance commerciale», explique-t-il. Sur ce point, il y a lieu de rappeler que le commerce extérieur algérien a enregistré au cours de l’année 2018 un volume global des importations de 46,19 milliards de dollars, soit une très légère hausse de 0,30% par rapport aux résultats de l’année 2017. Le volume global des exportations était de 41,17 milliards de dollars, en augmentation de 16,98% par rapport aux résultats de l’année 2017. Cela s’est traduit par un déficit de la balance commerciale durant la période de l’année 2018 de l’ordre de 5,03 milliards de dollars. Ces résultats font ressortir un taux de couverture des importations par les exportations de 89% durant l’année 2018, contre un taux de 76% au cours de l’année 2017. En somme, toutes les mesures prises jusqu’ici pour augmenter le taux de couverture des importations par les exportations d’hydrocarbures n’ont pas donné les résultats escomptés. C’est dire que nous allons continuer à être une économie mono exportatrice, alors que les enjeux futurs exigent de quitter cette posture. B. C.