Les indicateurs du commerce extérieur de l’Algérie ont migré vers le rouge vermeil durant les onze premiers mois de l’année 2020, exception des importations qui ont connu un mouvement baissier de l’ordre de 18%, sans pour autant contribuer à enrayer le creusement du déficit commercial. C’est ce qu’on peut lire dans la note de conjoncture publiée par l’organisme chargé de l’information statistique aux Douanes algériennes.

En effet, le déficit commercial de l’Algérie s’est creusé à 9,86 milliards de dollars durant les onze premiers mois de l’année dernière, contre un déficit de 5,36 milliards de dollars à la même période de l’année 2019. Cette aggravation du déficit de la balance commerciale est due, sans l’ombre d’un doute, à la baisse des exportations en valeur, qui elle-même s’explique par la chute des prix du pétrole sur le marché mondial. C’est ainsi que la valeur globale des exportations, qui sont essentiellement en hydrocarbures, faut-il le préciser, s’est établie à 21,55 milliards de dollars à l’issue des onze premiers mois de 2020, marquant une baisse très prononcée de 34,82% par rapport à la même période de 2019. En revanche, les importations de l’Algérie se sont chiffrées à 31,40 milliards de dollars, en baisse de 18,25%, en raison, probablement, du déclin de l’activité économique durant le précédent exercice, mais aussi à la baisse de l’activité commerciale mondiale, frappée de plein fouet par le choc pandémique. Ces deux indicateurs font ressortir un déficit commercial qui se creuse à 9,86 milliards de dollars. Ils dégagent aussi un taux de couverture des importations par les exportations de l’ordre de 68,61% durant les onze mois de 2020, contre un taux de 86,05% à la même période de 2019. Le creusement du déficit commercial durant le précédent exercice ne fait qu’aggraver le déficit global de la balance des paiements qui, à son tour, accélère l’érosion des réserves de change de l’Algérie. La loi de finances complémentaire du précédent exercice tablait, faut-il le rappeler, sur un solde négatif de -18,8 milliards de dollars de la balance des paiements, contre une anticipation initiale de 8,5 milliards de dollars dans la loi de finances préliminaire pour le même exercice.

Fonte des réserves de change
Le creusement du déficit global de la balance des paiements contribuera à l’accélération de la fonte des stocks en devises placés dans les banques souveraines occidentales. Les réserves de change se sont établies à 62 milliards de dollars en janvier 2020. Avec un solde négatif d’environ 20 milliards de dollars de la balance des paiements, les réserves de change se situeraient à environ 40 à 43 milliards de dollars à fin 2020.
En lien avec le déficit du solde global de la balance des paiements, les réserves de change ont chuté d’un plus haut de 193 milliards de dollars à la mi-2014 à 62 milliards de dollars à fin janvier 2020, soit une perte sèche de 131 milliards de dollars en moins de cinq ans. La fonte des réserves de change, liée aux déficits du solde global de la balance des paiements, traduit l’excès de la dépense intérieure brute de l’ensemble des agents économiques sur le revenu national. Dit autrement, les importations du pays demeurent élevées par rapport à ses capacités d’exportation. «La poursuite de l’érosion des réserves de change souligne la nécessité d’efforts d’ajustement soutenus, notamment budgétaires, pour rétablir la viabilité de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change», avait indiqué la Banque centrale dans sa dernière note de conjoncture. «Ces efforts devraient s’intégrer dans un vaste programme de réformes structurelles pour améliorer le recouvrement de la fiscalité ordinaire (y compris par la rationalisation des subventions), libérer le fort potentiel de croissance de l’économie nationale et diversifier l’offre domestique et les exportations de biens et services», a soutenu l’institution monétaire.