Les glissements successifs du dinar par rapport à l’euro et au dollar, depuis la chute des prix du pétrole en 2014, ont eu des répercussions négatives sur le pouvoir d’achat des ménages. Et la tendance va se poursuivre en 2021, 2022, 2023, selon les projections du projet de loi finances 2020.

Cette série de baisses cumulées sur plusieurs années constitue une véritable dévaluation du dinar. Qu’on en juge. Sur le marché officiel, il faut 128,65 dinars pour un dollar américain et 152,208 dinars pour un euro. En 2014, la monnaie nationale était cotée à 80,56 dinars pour un dollar et 106,91 pour un euro. Soit une dévaluation de plus de 50% pour le dollar américain et plus de 30% pour l’euro depuis. Ce qui veut dire que les politiques des gouvernements précédents ont utilisé, ces dernières années, cette baisse du dinar par rapport au dollar américain, notamment pour augmenter les recettes fiscales afin de réduire le déficit du budget en forte augmentation. Le gouvernement Djerad ne semble pas opérer de rupture avec ces manœuvres monétaires puisque le projet de loi des finances 2021 prévoit, pour l’année prochaine, une baisse de 5% de la valeur du dinar. L’inflation ou hausse des prix, conséquence d’une inflation importée, corollaire de cette politique, est estimée selon ce texte à 5% en 2021, plus de 4% en 2022 et 2023.
Eviter le syndrome latino-américain
Sur le marché noir de la devise, c’est la flambée. Il faut désormais 202 dinars pour un euro, un niveau jamais atteint depuis le début du confinement. L’écart entre le marché parallèle et le marché officiel est d’environ 30%, soit un seuil important qui montre l’importance de la chute du dinar par rapport aux autres devises. Ce marché, considère l’économiste Hocine Benissad, reflète la vraie valeur du dinar. Il faut savoir en ce sens que la valeur d’une monnaie dépend de la solidité de l’économie nationale reflétée par les indicateurs macro-économiques, notamment le solde de la balance des paiements, du compte courant et celui de la balance commerciale. En Algérie, du fait de sa dépendance aux hydrocarbures, il y a une forte corrélation entre la valeur du dinar et la valeur du prix du baril algérien. Comme l’Algérie affectée par la crise a ses clignotants économiques au rouge, il est clair, selon des économistes, qu’elle devrait dévaluer sa monnaie. Cette question économique est également éminemment sociale. Selon eux, cette situation commande le sacrifice de la population pour espérer sortir des ornières de la crise financière actuelle et parvenir à une économie plus efficiente. Loin donc la cotation administrative du dinar appliquée avant la crise de 2014 éloignée des fondamentaux de l’économie nationale. La question est de savoir si le gouvernement Djerad n’a pas d’autre choix que de baisser la valeur de la monnaie : meilleure appréhension de l’assiette fiscale, meilleure collecte de l’impôt, meilleure politique fiscale, mobilisation de ressources extra budgétaires : emprunts obligataires, partenariat public-privé, IDE et promotion tous azimuts de l’investissement intérieur à travers une amélioration du climat des affaires et des incitations qui rendent plus intéressant l’acte de produire que d’importer. Dans le scénario contraire, l’Algérie risque d’être frappée par le syndrome latino-américain à la longue : la disparition des couches moyennes enregistrée dans certains pays d’Amérique du Sud en raison de la crise économique qui a touché et la population démunie et les couches moyennes de ces Etats. Protéger le pouvoir d’achat veut dire également en finir avec les dérèglements du marché intérieur et ses récurrentes pratiques spéculatives, les surcoûts logistiques à l’import et les surfacturations. n