La liquidité bancaire se fait de plus en plus rare, aussi bien au niveau des centres de paiement d’Algérie Poste qu’au sein de certaines banques, contraintes de limiter les niveaux de retraits à vue. Ce n’est pas la première fois que le casse-tête de la liquidité au niveau d’Algérie Poste se fait sentir, mais il est à caractère récurrent, se manifestant essentiellement pendant les périodes de grandes fêtes religieuses ainsi que durant les semaines précédant la rentrée sociale. Si la forte demande au cash en cette période de fêtes religieuses aurait entrainé une tension au niveau des centres de paiement d’Algérie Poste et de certaines banques publiques, la baisse de la liquidité globale ne date pas d’aujourd’hui, mais de plusieurs semaines déjà. La banque d’Algérie avait donné l’alerte début juin, faisant constater que le niveau général de la liquidité bancaire s’est contracté de plus de 180 milliards de dinars à fin mai 2020 par rapport à la fin 2019, pour passer sous le seuil de 1.000 milliards de dinars. Dans un communiqué diffusé le 9 juin dernier, l’institution monétaire a précisé que «la liquidité globale des banques a poursuivi sa baisse en 2020, passant de 1.557,6 milliards de dinars à fin 2018, à 1.100,8 milliards de dinars à fin 2019, pour atteindre 916,7 milliards de dinars à fin mai 2020, soit une contraction de la liquidité bancaire de 184,2 milliards de dinars par rapport à son niveau enregistré à fin 2019». En outre, Algérie Poste a pu mobiliser 1.742 milliards de dinars auprès de la Banque d’Algérie depuis le début de l’année en cours et plus de 693 milliards de dinars d’encaissement au niveau des bureaux de poste depuis le 20 juillets dernier. La liquidité a entamé une tendance baissière depuis 2016, nécessitant l’intervention de la banque centrale qui avait mis en place des artifices monétaire, dont l’Open Market et le réescompte, pour faire remonter le niveau global de la liquidité. A la mi-2017, des institutions financières et non-financières étaient encore en manque d’argent frais, ce qui a contraint le gouvernement de l’époque de faire appel à la planche à billets pour renflouer les caisses des banques et des institutions de l’Etat. Des banques étaient, rappelons-le, sauvées d’une faillite certaine, mais les précédents gouvernements ont appuyé un peu plus davantage sur le champignon de la planche à billets, permettant la production d’un peu plus de 6500 milliards de dinars, alors que les experts ayant conseillé le gouvernement Sellal de recourir au «financement non conventionnel» avait recommandé l’impression de 2400 milliards de dinars seulement. Force est de constater que près de trois années plus tard, les problèmes de liquidités ressurgissent, malgré l’intervention récente de la Banque d’Algérie qui avait baissé à deux reprises le taux des réserves obligatoires des banques et son taux directeur. En plus de la nécessité de libérer la liquidité bancaire pour soutenir et faciliter le crédit au niveau des banques, l’autorité monétaire vole au secours d’Algérie Poste en établissant un dispositif de coordination lui permettant une mobilisation de la liquidité. Le resurgissement récurrent du casse-tête de la liquidité au niveau d’Algérie Poste relance de plus belle le débat sur le projet de banque postale qui n’a jamais vu le jour et qui devait faire d’Algérie Poste un acteur de poids sur la place bancaire. Le projet a été remis aussitôt dans les cartons sous la pression de certains banquiers. Par ailleurs, les montants des retraits à vue au niveau des établissements bancaires et des centres de paiement d’Algérie Poste ont fortement augmenté ces dernières semaines, atteignant un niveau record, suscitant à la fois l’inquiétude et la curiosité des responsables d’Algérie Poste et de la place bancaire locale. Les responsables de la banque centrale devraient redoubler d’effort afin de permettre la disponibilité de la liquidité aussi bien au niveau des centres de paiement d’Algérie Poste qu’au sein des banques. n