Les prix du pétrole restent à leur plus bas niveau, 25 dollars hier, l’économie mondiale est entrée en récession et la pandémie Coronavirus est en forte progression dans plusieurs pays dans le monde. Autant de mauvaises nouvelles préoccupantes qui invitent à poser la question des marges de manoeuvre de l’Algérie face au krach pétrolier et aux retombées de la nouvelle crise économique dans le monde.

Cette latitude reste très étroite, c’est le moins qu’on puisse dire. Très dépendante des prix du pétrole, l’économie nationale risque d’enregistrer une chute drastique de ses recettes exportations, sans précédent depuis 15 ans, en raison d’un effondrement brutal des cours du brut prévisibles en moyenne entre 30 et 40 dollars, voire moins en 2020, contre plus de 60 dollars en 2019. L’érosion de nos recettes en devises, selon ce scénario, pourrait atteindre les 30%-40%, soit des entrées entre 20 et 25 milliards de dollars en 2020, contre 35 milliards de dollars en 2019, estiment des spécialistes. Cette situation risque de mettre beaucoup de pression sur nos réserves de change et sur le budget de l’Etat dont 60% sont financés par les recettes fiscales pétrolières. Cette chute très importante de nos recettes en devises, tirées des exportations, sera accentuée par la baisse prévisible des exportations hors hydrocarbures du pays, favorisées par les mesures anti-coronavirus et les effets de cette pandémie sur les activités économiques du pays. Quant à la croissance économique du pays, elle sera en berne. Selon le spécialiste financier Bousbia, la croissance économique de l’Algérie risque de perdre deux points au moins, de 1,9 %, selon les projections des institutions financières internationales, à 0,5%,voire 0 et moins 1%. Cette tendance à la baisse de la croissance sera consolidée par les retombées de la récession économique mondiale prévue en 2020, née des répercussions de l’épidémie Coronavirus. Comme il faudra du temps pour voir les fruits des plans de relance de l’économie mondiale, stimulés en particulier par l’injection d’énormes liquidités par la Banque centrale européenne et les 2 000 milliards de dollars injectés par les Etats-Unis pour sauvegarder son économie. La récession économique mondiale risque à son tour de plomber les prix du pétrole en l’absence d’un deal Opep-non Opep et d’une reprise de la consommation chinoise.
Devant cette dépression économique mondiale, l’Algérie a bel et bien un plan de riposte à cette nouvelle crise, qui consiste essentiellement à économiser 28 milliards de dollars/an en devises à partir de la réduction drastique des importations, l’arrêt des contrats d’études et de services avec les sociétés étrangères, la réduction des dépenses de Sonatrach et au chapitre budget « sabrer » 30% du budget de fonctionnement. Mais cette feuille de route, qui reste une esquisse, ne comporte pas de détails sur la démarche pour atteindre ces objectifs. Ce qui laisse peser une incertitude sur son efficacité. Du coup, dans un scénario de nouveau statu quo ou de politique d’austérité inadéquate, les effets attendus sont une aggravation du chômage, une incapacité du budget à faire face aux dépenses économiques et sociales concernant la santé, l’éducation et la lutte contre les disparités entre régions et entre communes du pays. Avec un tel niveau de revenus, c’est, en outre, le plan d’action du gouvernement Djerad qui est compromis, du moins durant sa première année, à moins de mobiliser de nouvelles ressources financières, ce qui ne semble pas une tâche facile. Au tableau rose, n’oublions pas que contrairement à la crise pétrolière de 1986 et la période de quasi cessation de paiement de l’Algérie en 1992-1993, l’Algérie dispose de 60 milliards de dollars en devises, soit l’équivalent d’un an et demi d’importation de marchandises. Cela reste le principal amortisseur à un nouveau choc économique. Mais si rien n’est fait pour atténuer la vulnérabilité de notre économie face aux chocs extérieurs, ces réserves en devises risquent d’être épuisées en 2021-2022. L’Algérie serait contrainte dans ce scénario de recourir au Fonds monétaire international et donc d’appliquer un plan d’ajustement structurel qui sera aussi douloureux que celui de 1994, récession, compression d’effectifs et mise en faillite des entreprises déficitaires. La chance de l’Algérie est cependant de disposer de spécialistes économiques et financiers de haut niveau en Algérie et à l’étranger, capables de nous montrer la meilleure voie pour sortir de cette crise. Encore faut-il qu’ils soient écoutés !<