L’Europe fait face à une crise gazière sans précédent, conséquence directe de la baisse des livraisons russes, sur fond de tensions politiques entre la Russie et l’Ukraine. D’importantes quantités de GNL affluent depuis quelques semaines déjà à destination du Vieux Continent, en provenance des Etats-Unis, de l’Australie, du Qatar et du Japon. Mais ces livraisons seraient insuffisantes à même de combler le déficit russe. L’Algérie est mise à contribution dans cette course contre la montre pour éviter à l’Europe de sombrer dans la pénurie.

Par Hakim Ould Mohamed
Alors que le GNL américain continue d’affluer vers l’Europe, dans une tentative d’atténuer la crise gazière à laquelle fait face le Vieux Continent, conséquemment à la baisse des livraisons russes, le Japon est le dernier des pays ayant accepté de répondre à la demande d’aider à approvisionner l’Europe. En effet, après l’Australie et le Qatar, deux poids lourds mondiaux du gaz qui ont accepté d’approvisionner l’Europe en quantités supplémentaires, le Japon s’est mis de la partie, hier, et décidé de détourner certaines cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Europe en réponse aux demandes des États-Unis et de l’Union européenne, face aux inquiétudes suscitées par le renforcement des troupes russes près de l’Ukraine. Les expéditions supplémentaires devraient arriver le mois prochain, a déclaré, hier, le ministre japonais de l’Industrie, dont les propos ont été répercutés par Reuters. Cette décision intervient alors que l’Europe est confrontée à des approvisionnements serrés en GNL, sur fond de tensions en raison de la crise russo-ukrainienne, attisant les craintes de graves perturbations dans l’approvisionnement du Vieux Continent en gaz. Après l’Australie, cette initiative du Japon souligne également l’intention du pays de s’aligner sur l’Occident, faisant migrer son action sur un terrain politique sur lequel s’affronte OTAN et Russie. Il s’agit aussi d’un retour d’ascenseur après que les États-Unis et l’UE aient aidé le Japon à s’approvisionner en GNL après le tremblement de terre et le tsunami meurtriers de 2011 qui ont provoqué des effondrements à la centrale nucléaire de Fukushima, obligeant le pays à augmenter ses importations de GNL comme substitut à l’énergie nucléaire. En décembre et janvier, des dizaines de cargaisons de GNL américain ont afflué vers l’Europe, qui a un prix du gaz naturel record au milieu de la crise du gaz et de l’énergie. La crise a poussé les prix régionaux du GNL bien au-dessus de la référence asiatique et 14 fois plus élevés que le prix américain Henry Hub. Les pétroliers voyageaient non seulement entre les États-Unis et l’Europe, mais beaucoup d’entre eux étaient également détournés de l’Asie vers l’Europe ; les vendeurs au comptant profitant de la hausse des prix du gaz en Europe. Le Vieux Continent a été la première destination des exportations américaines de GNL en janvier, pour un deuxième mois consécutif, devant l’Asie, selon les données de Refinitiv, citées par Reuters la semaine dernière. Environ les deux tiers des exportations américaines de GNL ont été acheminés vers l’Europe le mois dernier après que 61% des expéditions américaines de GNL aient été acheminées vers l’Europe en décembre. Ceci démontre la gravité de la crise que subissent les pays du Vieux Continent, pénalisés par la baisse des livraisons russes.

L’Algérie sollicitée
Malgré cet afflux de GNL américain, japonais, australien et qatari, il est peu probable que l’Union européenne puisse remplir l’ensemble de ses réserves qui ont atteint des niveaux très bas. Le porte-parole du ministère allemand de l’économie et du climat a reconnu d’ailleurs, hier, que le niveau des réserves de gaz en Allemagne, particulièrement scruté dans le contexte des tensions avec la Russie, est récemment descendu à un niveau «inquiétant». «Nous surveillons la situation des niveaux de stockage et elle est certainement inquiétante», a déclaré la porte-parole lors d’une conférence de presse du gouvernement, notant que les stocks étaient tombés à 35-36%, contre 40% il y a peu et 82% en 2020. Dans une autre tentative de sécuriser l’approvisionnement de l’Europe en gaz, il semblerait que l’OTAN étudie actuellement la possibilité de construire le gazoduc Midcat, qui relierait la Catalogne espagnole à la France et réduirait la dépendance de l’Europe centrale vis-à-vis du gaz russe, ont rapporté hier certains médias espagnols, citant des sources au sein du gouvernement espagnol. Il s’agit de réaliser «une nouvelle liaison transpyrénéenne pour envoyer du gaz algérien et du gaz liquéfié vers le centre de l’Europe qui pourraient être stockés et traités par huit usines de regazéification situées en Espagne et au Portugal», ont écrit des médias espagnols. Sauf que l’Algérie et l’Espagne sont liés par des contrats gaziers impliquant des clauses de destination, lesquelles interdisent au pays client de transférer le gaz algérien vers une nouvelle destination. En tout cas, l’Algérie a fortement augmenté ses exportations de gaz à destination de l’Europe, profitant d’une demande élevée provenant de ses principaux clients du Vieux Continent. L’Algérie a approvisionné l’Italie à hauteur de 1,5 milliards de m3 en janvier, s’imposant ainsi sur la pyramide des pays fournisseurs de l’Italie, devant la Russie qui, elle, a acheminé 1,3 milliard de m3 vers l’Italie. En 2021, la production de l’Algérie en GNL a rebondi de 14% par rapport à 2020, à 26,3 millions de mètres cubes, contre seulement 23,1 millions de mètres cubes en 2020. Cette hausse a contribué à une forte progression des exportations, lesquelles ont aidé à leur tour à la hausse des parts de marché de l’Algérie sur l’échiquier gazier européen. Les parts de marché de l’Algérie en Europe ont atteint, en effet, 11% et 13% en incluant le GNL, selon des chiffres de la Commission européenne, communiqués en octobre 2021. Ces statistiques ont fait état également d’une progression de 25,4% la production algérienne de GNL au cours des huit premiers mois de 2021 et de 12,1% en glissement annuel. Dans un contexte marqué par un net rebond de la demande européenne en gaz, les ventes de gaz algérien à l’Europe ont progressé de +131% sur le 1er trimestre 2021 et de +223% au 2e trimestre de la même année, comparativement aux mêmes périodes de 2020.