«Les prix du pétrole baissent. Génial! 54 dollars, c’était 82 dollars avant. Merci à l’Arabie saoudite, mais allons encore plus bas ». Le message, on s’en doute, a pour auteur le président des Etats-Unis Donald Trump.

Dans un message sur Twitter, un média social dont il est particulièrement friand, le chef de la Maison-Blanche a, en effet, remercié le royaume wahhabite d’avoir contribué à la baisse des cours du Brut actuellement observée sur l’ensemble des marchés mondiaux de l’énergie. Pour le président Trump, Ryad a répondu favorablement à sa demande de maintenir ces cours à des « niveaux raisonnables ». Ce qu’il ne dit pas, c’est que les producteurs US, dont l’offre est surabondante, contribuent eux aussi au tassement des prix et à donner des sueurs froides aux pays producteurs, en particulier ceux comme l’Algérie dont l’essentiel des revenus provient de la richesse fossile.

Ce qu’il crie au monde entier, en revanche, c’est qu’il compte davantage sur l’Arabie Saoudite pour que ce pays continue à « doucher » les prix du pétrole et l’appelle à « aller encore plus bas » dans cette démarche dont l’effet est de saper l’effort que consent l’Opep, dont il est membre, pour maîtriser les marchés.
Et dont la contrepartie, visiblement, est de limiter le plus possible les dégâts provoqués dans le trône saoudien par l’abominable assassinat du journaliste opposant Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul.
Il s’agit de préserver son très probable commanditaire, Mohamed Ben Salmane
« MBS », un prince aux dents longues et à l’esprit fermé à toute critique malgré la réputation de « grand réformateur » qu’il a voulu s’approprier avec le soutien, un temps massif, des médias et des cercles d’influence occidentaux.
L’héritier du trône, un homme brutal et au comportement de pouvoir d’un autre âge en dépit de sa jeunesse (il est né en 1985), est un grand admirateur des Etats-Unis. Washington entend donc bien le voir parvenir au pouvoir dans les prochaines années : après la disparition du roi Salmane Ben Abdelaziz Al Saoud- contre les éventuels princes rivaux auxquels on prête l’ambition secrète de lui faire barrage.
« MBS » représente aux yeux de l’administration américaine actuelle et, peut-être, de l’Establishment US dans son ensemble, une carte maîtresse qu’il n’est pas question de perdre ou d’hypothéquer contre d’autres atouts ; même s’il n’existe pas aujourd’hui, et sans doute pas demain, dans la famille royale saoudienne, des personnes susceptibles de prendre les commandes du pays et d’être hostiles aux Etats-Unis. La perspective que Washington et Ryad s’éloignent l’un de l’autre n’est pas pour figurer dans le prévisionnel à court et à moyen termes. Et le chef de la Maison Blanche le dit bien à sa manière : merci à nos amis saoudiens, a-t-il dit après les nouvelles baisses des prix du pétrole dont celui du Brent est passé hier mercredi à Londres sous la barre inquiétante des 64 dollars nonobstant un léger redressement par rapport aux journées de mardi et de lundi.