Le recul du nombre des cas de contaminations au nouveau coronavirus en Algérie a eu pour effet une diminution de la forte pression qu’ont connue les hôpitaux durant des mois. Et cette baisse de tension a eu naturellement pour conséquence une baisse de la pression sur le personnel médical et l’ensemble des personnels de la santé, dont on ne dira jamais assez l’abnégation dont ils ont fait preuve durant la pandémie de Covid-19, avec la perte de dizaines de personnes parmi la corporation et l’atteinte par la maladie de milliers d’autres.

Cette situation de «relative accalmie» a permis aux personnels soignants de souffler un peu et, dans certains cas, au niveau de certains hôpitaux, il y en a même qui ont commencé à libérer le personnel en lui accordant des «petits congés» ou des «petits repos» afin de leur permettre de récupérer un peu. C’est du moins le témoignage de certains médecins en charge des malades de Covid-19 et autres responsables des structures hospitalières.
Le premier que nous avons recueilli est au niveau de l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik qui avait reçu les premiers cas de maladie de coronavirus en Algérie. Son personnel est à pied d’œuvre depuis le début de mars dernier. «Nous avons constaté à l’EPH de Boufarik cette baisse des cas. Il y a deux repères. Le premier est qu’il y a moins d’affluence que durant les dernières semaines. Il n’y a plus ces bousculades des personnes qui viennent et qui s’énervent parce que nous ne pouvons pas tous les prendre en charge et, par conséquent, on leur demande de revenir. Maintenant, quand les patients arrivent, on leur demande de patienter un petit moment et, en général, ils n’attendent pas longtemps avant de passer en consultation. Ils sont pris en charge et subissent les examens qu’il faut en moins de temps qu’avant», a déclaré Dr Abdelhafid Kaïdi, médecin spécialiste en chef en maladies infectieuses à l’EPH de Boufarik.
«Le deuxième repère, c’est que dans les services où on hospitalisait les cas suspects (service de chirurgie et de médecine interne), nous avons actuellement des lits vides, alors qu’avant, on toutes les places étaient occupées. Cela veut dire que le nombre de cas diminue réellement, nonobstant le nombre des cas qui sont annoncés par le ministère de la Santé. Chez nous, c’est réel, on constate qu’il y a effectivement une baisse des cas sur le terrain», a poursuivi Dr Kaïdi. Il a également fait savoir que l’EPH de Boufarik reçoit également «moins de cas graves qu’avant» et qu’«en même temps, il y a moins de patients qui sont évacués aux unités de réanimation en soins intensifs», ce qui est, selon notre interlocuteur, «une bonne chose car cela reflète que les cas de malades ne s’aggravent pas autant qu’avant».
Cela permet de dire aujourd’hui que «nous travaillons avec un peu moins de pression et dans de meilleures conditions aussi depuis la promulgation de la loi criminalisant la violence en milieu hospitalier ; il y a moins d’agressions verbales et aucune agression physique. Cela nous permet d’être dans de meilleures conditions et d’exercer dans la sérénité», témoigne Dr Kaïdi. Il enchaine qu’actuellement au niveau de plusieurs hôpitaux, y compris celui de Boufarik, on a commencé à libérer le personnel médical à tour de rôle. «On le fait timidement pour le moment, car on ne peut pas se permettre d’être dépassé dans le cas où il y a beaucoup de personnes malades qui arrivent dans les hôpitaux. On libère quelques-uns et dès qu’ils rentrent ce sont d’autres qui sortent. On a fait un programme afin que le personnel médical et paramédical puisse prendre au moins un petit repos, car il ne faut pas oublier qu’ils sont mobilisés depuis six ou sept mois. Ils ont énormément besoin de ce petit repos, ils travaillent dur depuis le début de la pandémie», a conclu le médecin spécialiste en chef en maladies infectieuses à l’EPH de Boufarik.
C’est la même situation d’accalmie qui est observée à l’hôpital de Relizane, où «il ne reste que sept malades hospitalisés au niveau du service Covid et qui ne sont pas dans un état grave», selon le directeur de l’hôpital Mohamed-Boudiaf du chef-lieu de wilaya, Dr Kamel Khafif. Celui-ci a ajouté que «le constat est que le nombre des contaminations au coronavirus et les cas graves et en réanimation est en baisse, ainsi que l’afflux des consultants». De même qu’il a révélé que le service Covid-19 de l’hôpital retrouvera bientôt son activité initiale, à savoir la chirurgie».
Au niveau de l’Etablissement hospitalier universitaire d’Oran (EHU), c’est le même constat. Selon le Pr Salah Lellou, chef de service pneumologie, «le service qui s’occupait des cas graves ne reçoit plus de malades nécessitant une admission depuis une semaine. Les patients vu leur faible nombre et leur état de santé de moindre gravité sont dorénavant orientés vers le nouvel hôpital de Haï Ennedjma dédié à la prise en charge du Covid-19». Le service pneumologie reprendra son activité normale la semaine prochaine, a-t-il dit. Notons que l’hôpital d’Oran a, lui aussi, commencé à libérer à tour de rôle le personnel soignant s’occupant des malades de coronavirus.
Les professionnels de la santé s’accordent tous à dire, toutefois, qu’«il ne faut pas faire confiance au virus car dès que la vigilance baisse d’un cran, il en profite et se propage rapidement». De ce fait, la seule manière qui reste jusqu’à présent efficace pour le contrer reste de suivre rigoureusement les recommandations sanitaires, à savoir porter le masque et garder une distance entre les individus. Ils admettent également tous que malgré la baisse des cas, il s’agit aussi d’une «relative accalmie» car une recrudescence peut survenir à tout moment si les mesures de prévention ne sont pas appliquées. n