Le nouveau coronavirus commence-t-il à perdre de sa virulence en Algérie ? Ce serait une très bonne nouvelle pour tous si elle venait à se confirmer. Pour l’heure, cela reste une «supposition» du moment que la déclaration de perte de virulence ne s’adosse pas sur des conclusions scientifiques découlant d’«une étude» sur l’évolution du virus. C’est ce qu’a affirmé, hier, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins.

Invité à donner son avis sur la déclaration du chef de service prévention à la direction de la santé d’Oran quant à un éventuel «début de perte de virulence du virus», le Dr Bekkat Berkani a indiqué que «c’est une affaire de spécialistes. On ne peut pas dire aujourd’hui que le virus a perdu de sa virulence juste parce que les cas de contaminations baissent». Il a ajouté, dans une déclaration à Reporters, que «ce sont les spécialistes et virologues et en particulier l’Institut Pasteur d’Algérie, qui détient ce genre de prérogatives, qui pourront étudier le virus en lui-même et pouvoir affirmer, par la suite, si effectivement le coronavirus a perdu de sa virulence, mais apparemment non».
C’est ainsi que le Dr Bekkat Berkani, qui est également membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19 en Algérie, va plus loin en estimant qu’il pourrait y avoir, pourquoi pas, des études sur le virus pour comparer son évolution dans les pays nord-africains et dans les pays européens.
«L’Algérie et les autres pays d’Afrique du Nord n’ont pas été impactés de la même façon que les pays européens. Il doit y avoir des raisons que nous ne connaissons pas encore», a-t-il dit. «C’est une question à laquelle nous répondrons un jour, mais avec des études à posteriori, c’est-à-dire qu’il faudra étudier non seulement la séquence virale en elle-même, mais aussi les conditions de transmission» dans les pays concernés et les comparer par la suite.
Le membre du Comité scientifique poursuit en insistant sur l’importance et l’impératif qu’il y ait d’abord une étude dans le domaine scientifique avant d’affirmer quoi que ce soit. «On ne peut pas dire que le virus a perdu de sa virulence sans une étude, juste parce qu’il y a une baisse des cas confirmés. Ce sont des conclusions hâtives», a-t-il souligné.
«Sur quoi s’est-on basé ?», s’est-il encore demandé, avant de répondre : «Si ce n’est pas sur une étude scientifique, on peut juste dire que ce n’est alors qu’une supposition». «Dire que le coronavirus a perdu de sa virulence ne suffit pas. Il faudrait le prouver, car la science, ça se prouve», a conclu Dr Bekkat Berkani.
Quant à la stabilisation relative de la situation épidémique, avec une baisse des cas quotidiens ces derniers jours, elle est due au fait que les citoyens ont pris «conscience», avec le temps, de la nécessité et de l’obligation surtout de porter le masque, et cela est perceptible un peu partout, selon notre interlocuteur. «Outre les mesures prises par les autorités concernant la crise sanitaire, aujourd’hui, il y a aussi la population qui comprend de plus en plus qu’il faut respecter les gestes barrières dont le plus important est le port du masque sans oublier, bien sûr, la distanciation sociale». La conséquence est que la situation épidémique est dans une phase de «stabilisation avec moins de 30% de taux d’occupation des lits réservés aux patients Covid au niveau des hôpitaux». On peut dire que «la tension est retombée dans les structures hospitalières» et il y a «moins de pression sur l’ensemble des personnels» qui est à pied d’œuvre depuis le début de la pandémie il y a près de six mois.
Un autre professeur, Merauane Boukrissa, décède des suites de coronavirus
Mais certains parmi la corporation médicale n’auront malheureusement pas l’occasion de voir le fruit de leur travail, à savoir gagner la bataille contre le coronavirus, alors qu’ils ont été dans le premier rang dans cette lutte. Nombre d’entre eux nous ont quittés et le dernier en date est le professeur Merouane Boukrissa, chef des urgences chirurgicales du Centre hospitalo-universitaire (CHU) Benaouda-Benzerdjab à Oran. Il est décédé, hier matin, après avoir été atteint par le coronavirus, a indiqué l’établissement hospitalier dans un communiqué.
Le dernier bilan établi par le ministère de la Santé fait état de 69 personnes décédées parmi le corps soignant atteintes de coronavirus et de 4.000 cas de contaminations. Le bilan qui a été donné il y a tout de même quelque jours devrait certainement être revu à la hausse au vu des nouvelles contaminations et décès dans cette corporation.<