PAR INES DALI
«Nous ferons notre possible pour maintenir la stabilité entre l’offre et la demande et fournir les quantités nécessaires aux marchés», a encore assuré Haitham Al Ghais, à l’issue d’une réunion de travail et de consultation avec le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab. Les deux responsables ont fait part de la convergence de leurs points de vue et ont affirmé être «pleinement confiants» quant à la réaction du marché qu’ils jugent positive, notamment après la remontée des cours qui étaient passés sous la barre de 90 dollars avant la décision de baisse de la production.
«Face aux incertitudes qui pèsent sur le marché pétrolier international depuis plusieurs semaines, MM. Arkab et Al Ghais se sont dit pleinement confiants quant aux retombées positives de l’accord du 5 octobre 2022 adopté à Vienne et visant à réduire la production globale de 2 Mb/j, à compter du 1er novembre 2022, de l’OPEP et ses partenaires non-OPEP au sein de la Déclaration de Coopération», a, en outre, indiqué le ministère dans un communiqué.
Cette décision a été appréciée différemment notamment par Washington voyant en cela une décision «politique» de Ryad. Mais les assurances que ce sont les fondamentaux du marché qui ont dicté la mesure ont été réitérées lors de la rencontre d’hier. La réduction globale de la production de l’OPEP+ est «de nature à restaurer la stabilité et l’équilibre du marché pétrolier international, dans l’intérêt des pays producteurs, de l’industrie pétrolière et de l’économie mondiale dans son ensemble», est-il relevé dans le communiqué du ministère.
Ces déclarations expliquant que l’objectif de l’OPEP est la stabilité du marché interviennent au moment où la tension est à son comble entre Les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, Washington imputant à Ryad, en tant que poids lourd du secteur pétrolier, la responsabilité de la décision de la baisse de la production. Malgré les insistance des membres de l’OPEP+ sur le fait que la réduction était basée sur des évaluations techniques du marché et visait sa «stabilité», de nombreux analystes et la Maison Blanche plus particulièrement ont considéré cette décision comme politique notamment de la part de l’Arabie saoudite qui n’a pas été à l’écoute des émissaires américains (avant la réunion du 5 octobre) l’enjoignant de ne pas baisser la production.
Pour sa part, l’OPEP a mentionné, dans un rapport publié après la réunion, que sa décision était motivée par le fait que la demande est «entrée dans une importante période d’incertitude et de détérioration des conditions macroéconomiques, dans un contexte d’intensification des défis, notamment des niveaux d’inflation élevés, un resserrement des politiques monétaires par les principales banques centrales et des problèmes persistants sur les chaînes d’approvisionnement». L’OPEP a insisté que la décision est préventive et proactive dans un effort continu et implacable de fournir une stabilité durable au marché.
Mais cela n’a pas suffi à atténuer la tension entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, chef de fil de l’OPEP. Les avertissements de Washington à Ryad sont allés crescendo. Des avertissements qui ont été, par la suite, élargis aux autres producteurs de pétrole. «Mais si Washington devait poursuivre d’autres pays pour collusion, les Etats-Unis pourraient être critiqués pour leurs tentatives de manipulation des marchés, par exemple en libérant des quantités record de pétrole provenant de réserves d’urgence entre mai et novembre», ont fait remarquer les observateurs.
Lundi dernier, la tension est montée d’un cran lorsque le puissant chef de la commission des Affaires étrangères du Sénat Bob Menendez a menacé de bloquer toute future vente d’armes à l’Arabie saoudite, suivie par la présentation le lendemain – par le sénateur démocrate Richard Blumenthal et l’élu à la Chambre des représentants Ro Khanna – d’un projet de législation pour mettre fin à ces exportations. Hier encore, le président américain Joe Biden a affirmé n’avoir « aucune intention » de rencontrer le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors du sommet du G20 prévu le mois prochain en Indonésie.
Pour en revenir à la visite du secrétaire général de l’OPEP en Algérie, il y a lieu de mentionner que les discussions avec le ministre de l’Energie ont évoqué plusieurs sujets importants, liés notamment à la situation actuelle du marché pétrolier international et ses perspectives d’évolution à court et moyen termes. Arkab et Al Ghais ont également évoqué les défis majeurs auxquels l’industrie pétrolière mondiale fait face, ainsi que les moyens de les surmonter par un renforcement de la coordination et du rôle stabilisateur du marché pétrolier par l’OPEP et ses partenaires au sein de l’OPEP+. Le SG de l’Organisation a rendu «un hommage appuyé au rôle constant et crucial de l’Algérie dans la conciliation des points de vue et la conclusion des accords majeurs de l’OPEP». <