PAR MILINA KOUACI
L’option du gouvernement portant sur le réajustement du barème de l’IRG, disposition contenue dans l’avant-projet de loi de finances 2022, suscite des avis mitigés au sein du monde du travail.
Il y a, en effet, du contentement mais aussi de la déception par rapport au texte qui propose de répartir les revenus en 6 catégories sur lesquelles se baserait la politique du prélèvement de l’impôt sur les salaires. Ce qui fait que l’exonération de l’impôt sur le revenu global (IRG) varie en fonction de la différence des salaires. Pour les experts, l’effet de cette disposition ne sera pas grand dans la mesure où elle ne génèrera qu’une revalorisation salariale moyenne de 5 %. Ce qui est loin des attentes des fonctionnaires exprimées par les organisations syndicales.
Dans le secteur de l’enseignement supérieur, selon Abdelhafid Milat, coordinateur du Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes), «le nouveau barème à six tranches salariales consolidera le pouvoir d’achat des trois millions de fonctionnaires de la Fonction publique, notamment, ceux du personnel enseignant du supérieur», se réjouit-il.
Le coordinateur du Cnes, dont la représentation syndicale ne fait pas l’unanimité parmi les enseignants, qualifie la décision du président de la République de réduire l’IRG et d’augmenter la valeur du point indiciaire de «décision historique». «La décision est prise dans un contexte économique particulier, marqué par la chute des prix du pétrole et la crise sanitaire qui a impacté l’économie mondiale. La baisse de l’IRG consolidera inéluctablement le pouvoir d’achat qui est en dégradation continue», dit-il, estimant que ces mesures vont apaiser la colère des travailleurs qui exigent la protection du pouvoir d’achat. Cependant, les corps communs de l’Education nationale ne sont pas du même avis que les enseignants du supérieur. Le secrétaire général du Syndicat national des corps communs (SNCCOPEN), Sid-Ali Bahari, rappelle que les salaires n’ont pas été augmentés depuis près de 10 ans. L’impact de la baisse de l’IRG sur les salaires sera «insignifiant» pour les travailleurs de l’Education nationale, notamment, ceux du corps commun. «Même si on supprime l’IRG pour tous les travailleurs de l’Education, cette mesure n’aura pas d’impact réel sur les salaires d’autant que l’inflation et la spéculation ont dégradé le pouvoir d’achat des Algériens». Il exige ainsi une révision radicale des salaires pour faire face à l’érosion du pouvoir d’achat. «L’augmentation des prix des produits de consommations remonte à cinq ans, mais les pouvoirs publics n’ont pas joué leur rôle de régulateur et de contrôleur comme il se doit», regrette M. Bahari, qui insiste à dire que «sans une augmentation conséquente, les décisions annoncées seront sans impact sur le pouvoir d’achat». Les corps communs appellent à être associés dans une rencontre bilatérale. Il faut que les syndicats soient associés à la prise de décision. «On est un partenaire social qui n’est pas associé au débat et à la concertation alors que nous sommes bien placés pour parler au nom des travailleurs et défendre leurs intérêts», dit-il.
Pour sa part, Nouredine Bouderba, expert des questions sociales, estime, s’agissant de la diminution de l’IRG, qu’il y va de «l’équité» pour que cette diminution soit «dégressive» et qu’une «fraction de salaire donnée soit impactée de la même façon quel que soit le niveau de revenu du travailleur». Le spécialiste a présenté vendredi des propositions notamment celles qui portent sur «l’exemption de l’IRG pour les travailleurs dont le salaire est inférieur à 2 fois le SNMG et pour toute fraction de salaire comprise entre 1 fois et 2 fois le SNMG pour les autres travailleurs». M. Bouderba propose également «la diminution de 50 % de l’IRG actuel pour les tranches de salaire brut comprises entre deux fois le SNMG et 120 000 DA», ainsi que la «diminution de 25 % de l’IRG actuel pour les tranches de salaire brut supérieures à 120 000 DA». n