Dimanche, lors de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a indiqué que l’année prochaine connaîtra une amélioration des indicateurs de la performance de l’économie nationale à la faveur des réformes opérées et des mesures incitatives prises, soulignant la nécessité de prendre toutes les dispositions pour préserver le pouvoir d’achat des citoyens.

Par Hakim Ould Mohamed
Si la double crise Covid-chute des prix du pétrole, qui a caractérisé l’économie algérienne en 2020, n’a pas permis au gouvernement de réunir les conditions idoines à même d’affronter l’érosion accélérée du pouvoir d’achat des ménages, l’amélioration des indicateurs, cette année, place l’Exécutif dans un contexte budgétaire moins tendu et remet la question du pouvoir d’achat au centre des débats. Le Président de la République a défendu, dimanche, plusieurs mesures de nature à améliorer le pouvoir d’achat des ménages et des fonctionnaires, dont la réduction de l’Impôt sur le revenu global (IRG) et l’augmentation du point indiciaire dans la Fonction publique. L’Exécutif a, certes, multiplié les mesures en faveur des entreprises au nom de la lutte contre les conséquences du choc pandémique, la question du pouvoir d’achat des citoyens est restée en marge, faute de disponibilités financières, alors que le budget nécessite un pilotage rigoureux afin d’éviter le creusement du déficit.
Passé le nuage qui a enveloppé le marché pétrolier courant 2020, l’Exécutif aborde les arbitrages budgétaires au titre de 2022 dans les meilleures conditions ; le brent caracolant à près de 80 dollars le baril, en hausse de plus de 53% par rapport à janvier et de plus de 100% en variation annuelle. C’est-à-dire que les conditions de préparation de la loi de finances 2022 sont nettement meilleures que celles prévalant durant les arbitrages budgétaires de l’automne 2020 au titre de la loi budgétaire de 2021. Ce pourquoi la question du pouvoir d’achat refait surface et semble prendre une place centrale dans les arbitrages budgétaires liés à la loi de finances 2022.
Les arbitrages touchent à la sacro-sainte fiscalité appliquée aux salaires, laquelle échappait à toutes les révisions opérées jusqu’ici étant donné son poids dans la structure de la fiscalité ordinaire, représentant plus de deux-quarts des revenus des impôts directs hors fiscalité pétrolière. Le chef de l’Etat a chargé son gouvernement de réduire l’impôt sur le revenu global (IRG). C’est un verrou qui saute. Alors que l’augmentation du point indiciaire dans la Fonction publique constitue une réponse à une vieille revendication des syndicats autonomes. La baisse de l’IRG entraînera de facto une revalorisation salariale pour l’ensemble des travailleurs, alors que l’augmentation du point indiciaire concerne les employés de la Fonction publique, lesquels bénéficient ainsi d’une double augmentation qui devrait être prise en charge par la loi de finances 2022. L’augmentation du point indiciaire et la décision de l’attribution d’une allocation chômage, prévue également dans le budget de 2022, se traduiraient par une hausse des dépenses de fonctionnement, alors que la baisse de l’IRG devrait entraîner de facto une baisse des recettes de la fiscalité ordinaire.
En 2015, lit-on dans le rapport de la Cour des comptes, le produit des impôts directs était composé principalement du produit de l’Impôt sur le revenu global (IRG) à hauteur de 66,24%, du produit de l’Impôt sur les bénéfices des sociétés (IBS) (32,37%) et du produit d’Impôt forfaitaire unique (IFU) (1,13%).
C’est dire le poids de l’IRG dans la structure de la fiscalité ordinaire. C’est la deuxième fois que le chef de l’Etat touche à l’impôt sur le revenu global-salaires après avoir ordonné au gouvernement d’inclure dans la loi de finances de cette année une exonération totale de l’IRG des revenus n’excédant pas 30 000 dinars. C’est une bonne nouvelle pour les ménages algériens qui ont consenti une partie des sacrifices liés aux mesures de sortie de crise de ces dernières années, même si le taux de baisse de l’IRG-salaire n’est pas encore fixé par le gouvernement.