Une disposition de l’avant-projet de loi de finances 2022 (article 31) prévoit une baisse de l’Impôt sur le revenu global (IRG), dont l’incidence est une augmentation des salaires des travailleurs estimée entre 5 et 10%. En effet, ce réajustement salarial est une réponse des autorités à la dégradation du pouvoir d’achat des salariés, qui s’est accentuée l’année en cours.

Par Khaled Remouche
Une mesure bien accueillie par la majorité des citoyens puisqu’elle constitue un soulagement face au poids des dépenses des ménages qui devient de plus en plus lourd. Le mécanisme par lequel s’opérera cette augmentation affichée dans l’avant -projet de loi de finances s’avère justement dans la révision à la baisse des seuils d’imposition. Pour les revenus salariaux annuels n’excédant pas 240 000 DA, ils sont exonérés d’IRG. Ce qui veut dire que les smicards seront exonérés d’IRG également en 2022. Le taux d’IRG est de 23% lorsque ces revenus par an se situent entre 240 001 dinars et 480 000 dinars, 27% quand ces salaires tournent entre 480 001 et 960 000 dinars, 30% de 960 001 à 1 920 000 dinars et 33% de 1 920 000 à 3 840 000 dinars. Le même article précise que les salaires mensuels qui n’excèdent pas 30 000 dinars seront exonérés d’IRG. Les salaires qui se situent entre 30 000 et 35 000 dinars bénéficieront d’un second abattement, c’est-à-dire une seconde réduction d’IRG après celle de 2021.
Cette baisse d’IRG qui touche les salaires notamment à partir de 35 000 dinars/mois et au-delà signifie une augmentation des salaires qui touchera la majorité des travailleurs, principalement ceux de la Fonction publique. Elle entérine la décision du président de la République de baisser l’IRG et d’augmenter le point indiciaire, une mesure qui touchera les fonctionnaires, notamment les enseignants et le personnel de santé. Des discussions, rappelons-le, ont eu lieu entre le gouvernement et les syndicats en vue d’un accord sur le niveau de ce point indiciaire ou une augmentation du nombre de points avec le maintien du point indiciaire à 40 dinars. Cet effort de l’Etat est destiné à calmer le front social, obtenir la paix sociale pendant une phase cruciale, sortir de la crise sanitaire et financière et relancer l’économie.
Cependant, l’augmentation des salaires risque d’être absorbée par l’inflation en l’absence de contrepartie productive ou d’offre.
Cela dit, il ne faut pas se leurrer, cet effort de l’Etat pour augmenter les salaires aura un impact sur le budget de l’Etat en 2022, dont les dépenses budgétaires prévues atteindraient près de 10 000 milliards et contribuera à l’aggravation du déficit budgétaire fixé, en 2022, à plus de 4 000 milliards dinars. Comme l’expliquent les économistes, cette politique budgétaire expansionniste qui exerce des pressions sur la Banque centrale aura pour revers une accélération de l’inflation, c’est-à-dire en termes simples, la hausse des prix si l’Etat ne mobilise pas à court terme de nouvelles ressources financières hors budget de l’Etat pour compenser le coût de ces augmentations de salaires et si cette amélioration des revenus des travailleurs n’a pas de contrepartie productive ou de hausse de l’offre. L’autre inquiétude est l’impact de ces hausses de salaires sur les entreprises publiques et privées en difficulté en raison de la pandémie et dont nombre d’entre elles éprouvent des difficultés financières. Un économiste qui a requis l’anonymat soutient que le gel des salaires de la Fonction publique, ces dernières années, est l’une des causes de l’amortissement de l’effet inflationniste induit par l’usage de la planche à billets ces dernières années. Un mécanisme activé pour satisfaire les énormes besoins de financement de l’Etat et réduire le déficit du Trésor.
En somme, cette augmentation des salaires s’avère nécessaire eu égard à l’érosion du pouvoir d’achat de la majorité des ménages, mais cela devrait être accompagné en urgence d’une mobilisation de nouvelles ressources financières hors budget de l’Etat, d’une rationalisation des dépenses publiques et d’efforts dans la collecte des impôts et une meilleure appréhension de l’assiette fiscale. Mais cela est rendu beaucoup plus difficile du fait de la crise sanitaire qui a obligé l’Etat à renoncer provisoirement au recouvrement des impôts des entreprises pour ne pas aggraver leur situation financière. Face à cette quadrature du cercle, il faudrait beaucoup d’imagination. Les solutions existent, il suffit de faire appel à nos meilleurs spécialistes financiers pour voir se décliner des remèdes adéquats à cette situation délicate. <