La chute importante de la valeur de la monnaie nationale risque d’alimenter une inflation galopante. En effet, la monnaie nationale s’est fortement dépréciée, ces derniers jours, par rapport à l’euro et au dollar américain. Sur le marché officiel, l’euro s’échangeait hier à près de 161 dinars tandis que sur le marché parallèle, il a dépassé la barre des 210 dinars. L’écart entre les deux marchés est important, environ 30%.
Avec la conjoncture économique morose actuelle s’éloigne ainsi la perspective d’une extinction du marché noir de la devise. Paradoxalement, le ralentissement de l’activité économique dans le pays fait prospérer le marché parallèle de la devise. Quant au marché officiel, la chute actuelle de la valeur du dinar révèle une sous-estimation officielle de l’ampleur de la dérive du dinar. Cette situation a entraîné une hausse des prix d’un certain nombre de produits agroalimentaires, électroniques, électroménagers, informatiques, rendant certains biens hors de portée d’une large frange de la population. Ce qui suscite une vive inquiétude des ménages et des opérateurs. «Avec le glissement prévu de 20% de la monnaie nationale en 2021, l’Algérie connaîtra une inflation galopante», estime Slimane Aït Yala, opérateur. Cette situation, rapporte-t-il, inquiète un bon nombre d’entrepreneurs. «Comment se retrouver avec l’obligation de contracter un crédit fournisseur à 9 mois avec un taux au départ et un autre taux plus élevé dans plusieurs mois. Tout cela renchérit les importations de matières premières et d’intrants et, partant, le produit final qui devient hors de portée pour une partie de la clientèle. «Quand on décide une mesure économique, on le fait pour des objectifs précis, pour rendre, par exemple, l’investissement plus intéressant pour les investisseurs étrangers (IDE). Dans notre cas, l’Algérie est fortement dépendante des importations. On fait glisser la monnaie pour équilibrer le budget de l’Etat. Quand on diminue la valeur du dinar, on fait rentrer davantage de recettes fiscales. C’est un calcul technique, un mécanisme virtuel qui est, en fait, anti-économique. Car cela augmente les prix sur le marché et rend les produits inaccessibles pour une frange importante de la population. La véritable politique qui fait bouger les choses et qui favorise le rebond de l’économie, c’est de créer de la valeur, c’est-à-dire encourager les investisseurs à investir et les opérateurs à créer des entreprises. C’est cela qui va sauver l’économie du pays. Ce n’est pas en tuant certaines filières comme l’électronique, l’électroménager, le peu d’entreprises véritablement industrielles qui existent et en décourageant l’acte d’investir qu’on peut sauvegarder cette économie et favoriser son rebond», observe cet entrepreneur.
Il relève l’absence de vision dans la gestion économique actuelle du pays. «Ce qui inquiète les opérateurs, c’est cette absence de vision dans la politique actuelle. Si on demande à la population des sacrifices et que dans deux ans, avec l’application d’une politique économique judicieuse, l’Algérie et son économie sont sauvés, tout le monde va adhérer», Selon lui, il faudrait encourager la production agricole et moins dépendre des importations de blé et de lait, l’agro-alimentaire, les secteurs de production qui utilisent les intrants locaux, la diversification de l’économie, les industries stratégiques qui vont oxygéner notre économie comme la filière électronique, l’économie numérique. Notre tissu économique est constitué à 97 % de TPE et 3% de moyennes et grandes entreprises. Nous sommes en retard par rapport à nos pays voisins en termes de création d’entreprises par an. Il faudrait créer 2 millions d’entreprises en Algérie. C’est cela le véritable enjeu. Ce qui demande la mobilisation des acteurs économiques avec une vision claire, cohérente. Ce qui manque actuellement. Si cela n’est pas corrigé rapidement, nous allons vers une dégradation du climat social, des frondes sociales qui pourraient menacer la stabilité du pays», a-t-il averti. n