La facture des importations des céréales primaires (blé dur et tendre) risque de franchir cette année un seuil inédit. La faiblesse de la production nationale et le recul de l’offre sur les marchés internationaux en raison des aléas climatiques subis durant cette année placent notre pays devant le risque d’acheter ces produits de base au prix fort.

Par Bouzid Chalabi
Le risque de voir la facture annuelle d’importation de céréales primaires (blé tendre et dur) du pays atteindre un chiffre jamais égalé auparavant a de fortes chances de se confirmer par l’effet d’une double conjoncture. Une faiblesse de la production nationale enregistrée à l’issue de la campagne moissons-battage 2021 entraînant par voie de conséquence une progression significative des volumes d’importations en la matière et une flambée des cours du blé à l’international intervenue ces derniers jours sur le marché des céréales.
De prime abord, il importe de souligner qu’à ce jour, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural n’a livré aucun chiffre sur les récoltes. Se contentant de faire savoir que la moisson actuelle est nettement en deçà des objectifs escomptés, invoquant comme raison la sécheresse qui a frappé de nombreuses régions à vocation céréalière, notamment à l’ouest du pays et, qui plus est, pendant la période de montaison ou germination de la pousse. Toujours est-il, et selon des sources concordantes, on parle d’une récolte de 30 millions de quintaux toutes variétés confondues. Cela veut dire que la campagne 2021 est encore plus faible que celle qui l’a précédée et où les récoltes n’ont pas dépassé les 35 millions de quintaux.
A partir de cette donne, ce sont les volumes d’importation qui vont être sûrement revus à la hausse de manière significative, afin de satisfaire les besoins de consommation du pays en blé tendre, suivi du blé dur, estimés à 65 millions de quintaux par an contre un volume récolté de plus de la moitié de la demande. Autrement dit, le déficit entre la production nationale et les besoins de consommation accuse un écart important qu’il va falloir combler par la seule alternative des importations. En clair, l’Algérie sera contrainte de débourser encore plus pour pouvoir s’approvisionner. Ce qui va grever lourdement le Trésor public à moins que d’ici la fin de l’année les cours du blé à l’international baissent. Une hypothèse qu’on aurait tendance à écarter chez les animateurs du marché international des céréales. Ces derniers se basent sur le rapport du département de l’agriculture des Etats-Unis du mois d’août, dans lequel il est confirmé des baisses de production de blé au niveau mondial. Les auteurs du rapport prévoient même une réduction de la production russe de 13 Mt comparativement à la saison passée (2020), également pour la production canadienne qui connaîtra, selon le même rapport, une chute de 11,2 Mt. Pour les Etats-Unis, cette situation conduira à une chute historique des stocks des grands exportateurs. Signifiant par là que le marché international des céréales n’a jamais vécu une situation pareille depuis 2007. En outre, selon toujours les Etats-Unis, cet état des lieux conduira sans aucun doute à une hausse significative des cours du blé à l’international. Ainsi le blé tendre français a enregistré, le 20 août courant, un prix de 309 dollars/t (augmentation de 8,17 dollars/t). Toujours à propos de cette tendance à la hausse des cours du blé, certains observateurs du marché céréalier mondial vont même jusqu’à avancer qu’un autre facteur peut accentuer également cette tendance haussière «dès lors où des doutes planent sur la qualité des blés produits en Europe» et, particulièrement, en France, «ce qui risque que d’importantes quantités soient dirigées vers les marchés de l’alimentation animale», avertit le site spécialisé Agritel. Dans ce même ordre d’idées, il convient de savoir que la Russie a désormais décidé de réduire ses volumes d’exportation à 72,50 millions de tonnes, contre 85 millions un mois plus tôt, par l’entremise d’une hausse de la taxe à l’export de ses céréales. Et si d’autres gros exportateurs venaient à adopter cette même stratégie, c’est toute l’offre mondiale qui s’en retrouverait profondément perturbée. En somme, une tension mondiale sur les céréales primaires au grand détriment des pays gros importateurs, à l’image de l’Algérie classée au troisième rang au tableau des pays qui s’approvisionnent en grande quantité. Devant ce scénario, l’Algérie est appelée à se mettre à l’abri en termes de besoin en la matière. La solution idoine serait de disposer d’un stock de sécurité stratégique quitte à débourser davantage si l’on veut épargner au pays le pire des scénarios.