Reporters : Le ministère de l’Education a réaffirmé, dans un communiqué rendu public, samedi, «l’intérêt accordé à la satisfaction des revendications légitimes exprimées dans le respect des lois de la République » tout en appelant à «faire preuve de prudence et de vigilance face aux appels de grève lancés sur les réseaux sociaux. Quelle est votre appréciation par rapport à cet avertissement ?
Bachir Kiouas : Cela démontre que le ministère de tutelle ne veut pas lâcher du lest. Les autorités compétentes ont compris la puissance du mouvement et son envergure. Pour ne pas encourager les autres secteurs à se mettre en branle, le ministère a donné d’une manière indirecte le feu vert aux syndicats autonomes du secteur pour faire un travail de sape contre la Coordination des enseignants du primaire. Pour cela, la tutelle met en avant les vertus du dialogue et les rencontres de conciliations avec les syndicats du corps enseignant agréés.

Mais au début de votre mouvement, des syndicats autonomes ont approuvé votre action. Sont-ils dans le même esprit ou ont-ils changé d’attitude ?
C’était plutôt un soutien tacite et non pas du parrainage. Ces syndicats sont allés jusqu’à mener une campagne dans les établissements scolaires pour faire croire aux enseignants grévistes qu’ils n’étaient pas sur la bonne voie et que le mouvement ne nous a rien apporté. En se rendant compte que notre mouvement a réussi à bousculer les appareils syndicaux, certains syndicats ont agi d’une manière hypocrite, en faisant des calculs étriqués.

A quoi renvoyez-vous ces agissements ?
Ces syndicats sont tenus de déposer des dossiers de représentativité. C’est-à-dire répondre aux exigences de la tutelle concernant les 20% de représentativité pour pouvoir être associés dans des négociations. Ils sont dans l’obligation de produire des éléments d’appréciation de la représentativité, dans le cas contraire, ils seront considérés non représentatifs, conformément aux dispositions de l’article 37 bis de la loi n°90-14.
Dans le cas contraire, ils seront marginalisés de toute activité. C’est pour ces raisons qu’ils essaient de surfer sur notre mouvement et d’avoir de nouvelles adhésions qui conforteront le statut de syndicat représentatif.

Allez-vous renoncer aux actions de grève et de sit-in ?
La base militante ne s’est pas encore rencontrée depuis le dernier communiqué du ministère. Mais, la coordination maintient ses actions notamment celle de lundi (aujourd’hui). Dans les wilayas de Béjaïa et de Tizi Ouzou, le débrayage sera ponctué par des marches, sachant qu’il n’est pas exclu qu’on se dirige vers la radicalisation de notre mouvement.

Peut-on dire que l’avertissement de la tutelle a galvanisé votre action ?
C’est exagéré de dire qu’on est galvanisés, mais les enseignants comptent durcir le mouvement, en optant même pour une grève ouverte. On étudie actuellement la situation. A travers nos actions maintenues, on souhaite transmettre un message à la tutelle selon lequel notre mécontentement est monté d’un cran.

Quel bilan fait la Coordination après plus de quatre mois de grève ?
On en fait un bilan positif. Notamment par rapport à la conscientisation des enseignants, et des avancées remarquables qu’on a réalisées. Nous avons évolué au niveau de la pertinence de nos revendications. L’enseignant n’est pas docile comme il l’a été et on se félicite en particulier de l’élan de solidarité du corps enseignant dans les quatre coins du pays. La Coordination a imposé son mot. Le Président Abdelmadjid Tebboune a évoqué notre mouvement lorsqu’il était en campagne présidentielle, il a encore parlé du secteur lorsqu’il a prêté serment le 21 décembre dernier. C’est un mouvement qui a pesé sur le plan social et économique, qui témoigne de l’ampleur de notre mouvement qu’on a pu auto-organiser sans qu’il ne soit chapeauté par une quelconque organisation syndicale.

La création d’un syndicat, est-elle à l’ordre du jour ?
C’est une idée qui est en gestation depuis près de trois mois, mais qui n’est pas prioritaire. L’objectif est de parvenir à la satisfaction de nos revendications.
Mais la tutelle parle de grèves qui ne reposent sur aucune assise légale…
Il ne faut pas oublier qu’on ne s’est pas révolté le 06 octobre pour créer un syndicat, mais pour des revendications socioprofessionnelles légitimes. La tutelle souhaite nous transmettre un message ; que la Coordination est une organisation non légale, et qui appelle à une grève. Mais on tient à expliquer que la Coordination n’appelle pas à des actions, mais exécute les décisions de la base militante qui contacte les coordinateurs nationaux pour exiger une action. Les coordinateurs sont les porte-voix des enseignants du primaire. J’ajouterais que quand on se réfère à la Constitution et au code du travail, on trouve que la grève est un droit pour les employés. Nous voulons être légalistes, mais à condition que les autorités compétentes nous donnent des garanties par des procédures allégées pour la mise en place du syndicat.