Reporters : Les enseignants du primaire poursuivent un mouvement de grève qui commence toutefois à faiblir. Quelle est votre appréciation de la situation ?
Bachir Kiouas :
Tous les mouvements sociaux et de protestation ne peuvent demeurer constants. Ils connaissent des cycles fluctuants inévitables. En plus de cette logique, il y a aussi d’autres facteurs qui ont fait que notre mouvement fléchisse, mais qui reprend de plus belle. Je peux citer en premier lieu les vacances scolaires, qui ont provoqué une rupture presque naturelle dans le mouvement de protestation des enseignants. Je peux citer aussi les mesures illégales prises par les directions de l’Education, notamment les ponctions opérées sur les salaires et sur la prime de rendement des professeurs grévistes. Mais après le retour de vacances, le mouvement a repris, devenant même plus fort. Mardi, les enseignants du cycle primaire ont répondu massivement au mot d’ordre de grève destiné à faire pression sur la tutelle et le gouvernement en vue d’ouvrir le dialogue autour des revendications socioprofessionnelles en suspens depuis des années.

Lors de sa rencontre avec le partenaire social, le ministre de l’Education nationale Mohamed Oudjaout s’est engagé à résoudre les problèmes du secteur. Quelle lecture faite-vous de cet engagement ?
Pour être franc, la satisfaction de nos revendications ne dépend pas du ministère de l’Education nationale, dont les réformettes et les déclarations sont destinées à la consommation médiatique, portant un coup à une confiance déjà mise à mal entre la tutelle et ses employés. Cette tutelle continue de nous ignorer, alors que le personnel du cycle primaire représente 43% du secteur. Ce mutisme ainsi que la politique de fuite en avant ne feront qu’accentuer le conflit et pousser à d’autres actions à un rythme qui ira crescendo. La satisfaction de nos revendications est du ressort d’autres volontés politiques parce qu’on veut arracher des engagements réels. On aspire à l’arrêt de la politique des coupes budgétaires et celle de l’austérité qui touche le ministère de l’Education, comme d’ailleurs d’autres départements. On a radicalisé notre mouvement car nous voulons passer des messages au Premier ministère et à la présidence.
Avant l’arrivée de Tebboune, nous avions demandé l’intervention du chef de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah pour prendre des mesures évidemment pouvant satisfaire nos revendications. Jeudi dernier, nous avons demandé audience au Premier ministre Djerrad et au président de la République Abdelmadjid Tebboune, mais notre demande est restée pour l’heure sans suite.

Irez-vous jusqu’à créer un syndicat des enseignants du cycle primaire ?
La constitution d’un syndicat n’est pas une priorité pour nous, car la Constitution et les lois en vigueur garantissent aux travailleurs le droit d’observer une grève. On est libre de choisir le cadre et la forme de notre lutte sans être obligé de nous constituer en syndicat agréé.