« 80 % des agences de voyages » ont mis la clé sous le paillasson sous la pression de la crise
éco-sanitaire et ce sont environ 12 000 personnes qui se retrouvent sans travail…

Depuis 12 ans à la tête du Syndicat national des Agences de voyages d’Algérie (Snav), le désormais ex-président, Bachir Djeribi, « pour des raisons de santé », tel que mentionné dans un communiqué certifié par ce dernier, décide de passer le flambeau à d’autres compétences du secteur.
Les choix se portent sur Belhadj-Mostefa Nadir, membre fondateur du syndicat et vice-président du Snav. « J’ai pris l’intérim et j’ai formé un bureau provisoire pour gérer les affaires courantes en attendant les élections pour la succession de M. Djeribi dans les jours qui viennent. « Il faut donner un bon coup dans la fourmilière, car l’inaction ces dernières années de notre syndicat nous a valu bien des problèmes. Il a fallu que la pandémie de la Covid-19 s’installe pour que l’on constate que les agences sont très faibles face à l’adversité bureaucratique », soulignera Belhadj-Mostefa, patron de l’une des plus imposantes agences de voyages nord-africaines, Numidia Travels.
En effet, et après une longue discussion très instructive avec notre interlocuteur, nous saurons qu’une fois que le tourisme, en général, et les vols d’avions mis sous éteignoir, « 80% des agences de voyages » ont déposé la clé sous le paillasson sur les 4 000 que compte l’Algérie. Ce sont donc environ 12 000 personnes qui se retrouvent sans travail, bien que l’activité des agences soit très éclectique.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les partenaires des agences de voyages sont dans l’incapacité d’honorer leurs créances. « Air Algérie et d’autres compagnies aériennes ne peuvent pas, ou ne veulent pas, nous payer. Les différents intervenants et acteurs de la omra et du hadj non plus. Par contre, nous sommes débiteurs envers plusieurs de nos collaborateurs, surtout Amadeus, un logiciel destiné à la réservation de billets d’avion, de train, d’hôtels, ou de location de voiture. (Le logiciel le plus utilisé par les agences de réservation et de voyage dans le monde : ndlr). « Nous devons payer notre abonnement, sous peine de résiliation des contrats qui nous lient, même si on ne l’a pas utilisé ces derniers mois », ajoutera encore notre locuteur. Les agences de voyages se retrouvent donc dans des situations où le flux fiduciaire ne va que dans un seul sens, celui des dépenses.
Les pertes des agences ne peuvent être chiffrées pour le moment, mais ce qui est sûr, c’est qu’elles se s’élèvent à des dizaines de milliards, selon des sources du Snav.
Pour toutes ces raisons, et nos propos ne sont pas exhaustifs, le changement à la tête du Snav est devenu impératif. Ce sera donc un Top Ten des agences de voyages algériennes qui va prendre en main le destin des 4 000 agences, et ce n’est pas du luxe. L’urgence prendra d’abord en compte les agences qui ont définitivement fermé en essayant de leur insuffler un bol d’oxygène résurrectionnel, pour se tourner ensuite vers celles qui boitent sérieusement et, enfin, celles qui déclinent dangereusement. Le hic, pour Belhadj-Mostefa et quelques agenciers présents chez notre hôte, est que le ministère de tutelle a complètement ignoré les agences depuis leur désamour forcé avec leur activité.
Aucune aide n’a été proposée aux agences, si ce n’est des reports des impôts pour quelques semaines. Le recouvrement des créances des agences ne marche pas non plus du fait de l’appauvrissement de tout le secteur. Belhadj-Mostefa Nadir nous donnera un exemple révélateur de la duplicité des responsables du tourisme qui font tout pour… achever ce qui reste des agences. Son agence, et d’autres qui vivotaient encore, ont organisé, entre autres, un voyage vers Taghit, la destination phare des périodes de fin d’année. Tout a marché à merveille jusqu’à l’arrivée des touristes aux hôtels où les patrons d’agences ont découvert que toutes les réservations, déjà payées rubis sur ongle, ont été annulées par les autorités « pour risque de contagion entre les voyageurs ». Il y a même eu des bus qui ont été priés par la Gendarmerie nationale de rebrousser chemin, à l’entrée de Taghit.
Tout ce beau monde se retrouvera dehors, se débrouillera pour rentrer at home et ne manquera pas d’aller se faire rembourser au niveau des agences. Mais entre-temps, les hôtels refuseront de faire la même chose envers ces mêmes agences. Encore une dépense improductive, une sortie de pécule sans aucune rentrée en retour.
Pour toute ces raisons, et d’autres plus ancestrales, le Snav n’a plus droit à l’erreur et se devra de renouer avec la performance avec l’aide du nouveau bureau qui promet de secouer le cocotier de l’inertie qui a prédominé par le passé.