Les 637 538 candidats qui ont passé le baccalauréat cette année peuvent l’avoir à partir d’une moyenne de 9/20. C’est la décision prise par le gouvernement et annoncée hier par le ministère de l’Education nationale qui parle d’une admission «à titre exceptionnel» en raison de la pandémie du Covid-19 et des graves perturbations qu’elle a occasionnées dans le fonctionnement des lycées et établissements scolaires et dans les programmes pédagogiques. Si l’argument avancé par le ministre du secteur, Mohamed Ouadjaout, pourrait convaincre, c’est tout son discours rassurant sur l’enseignement en ligne qui tombe à l’eau. Avec un permis de passage à l’université avec une moyenne inférieure à 10, cela veut dire que l’enseignement à distance tant vanté par les cadres secteur, y compris syndicaux, n’a pas été si opérant. Sous d’autres cieux, la crise sanitaire a incité à l’évaluation des élèves selon leur performance en classe dans le secondaire et leurs bulletins de note en terminale. Cela aurait pu être chez nous une option à prendre en compte en sus de la correction des copies des candidats durant les jours d’examen.

A la surprise générale, le ministre de l’Education nationale a annoncé, hier, que les candidats ayant obtenu une moyenne de 9/20 seront admis à l’examen du baccalauréat session 2020, ce qui leur donnera le sésame de passage vers l’université.
La décision motivée, selon le ministre, par les circonstances exceptionnelles qui ont marqué l’année scolaire à cause du coronavirus, qui a imposé la suspension des cours et le report des épreuves tenues au mois de septembre dernier, demeure bancale. Pas du tout convaincante.
Preuve en est la désapprobation unanime que la décision a suscité auprès des Algériens agacés par ce qu’ils ont considéré comme un bradage de l’examen du Bac, ce titre qui préserve, en dépit des errements du système éducatif national, ses lettres de noblesse et son aura au sein de la société.
Pourtant, il ne fait point de doute que la tutelle n’avait pas besoin d’une telle décision dans la mesure où le secteur s’apprêtait, avec l’annonce des résultats du Bac à la fin de la semaine en cours, à achever une année scolaire incontestablement difficile à cause de la crise sanitaire. Personne n’aurait crié au scandale si le ministère de l’Education avait maintenu la moyenne d’admission à 10 et tout le monde aurait fait preuve de compréhension et d’indulgence à l’égard des candidats recalés et qui auraient pu réussir dans des circonstances différentes.
Mais il semble que le populisme a la peau dure pour légitimer ce qui s’apparente à une décision politique sous couvert du contexte sanitaire. A l’évidence et en dépit des restrictions imposées par les circonstances sanitaires, la décision est loin de présenter une nécessité. Pire, elle est porteuse d’un signal populiste très mauvais pour l’Education nationale qui se bat pour un redressement tant réclamé et souhaité par l’ensemble des Algériens.
Irrecevable du point de vue pédagogique, la décision ne peut pas être justifiée par la donne sanitaire. Aucun pays, y compris les plus touchés par la Covid-19, n’a bradé les examens de fin d’année scolaire. Même dans le cas où l’on attribue un lourd impact des circonstances sanitaires sur le déroulement de l’année scolaire, interrompue à la mi-mars, d’autres formes d’évaluation qui ne toucheraient pas à la crédibilité du Bac étaient toujours possibles.
Il faut relever, à ce titre, que certains pays ont eu recours à d’autres formes d’évaluation des candidats en se basant sur les bulletins trimestriels ou en intégrant la moyenne annuelle dans celle d’admission. Ces formes d’évaluation ont été validées afin de ne pas toucher à la crédibilité du Bac. Par ailleurs, le bradage du titre du Bac sera également supporté par ceux que la décision peut rendre heureux à l’heure de l’affichage des admis. Car une admission avec rachat est synonyme d’une orientation vers des filières répulsives à l’université dans la mesure où les filières convoitées ne sont accessibles que pour les lauréats avec une moyenne élevée. Une admission au rabais créera ainsi une nouvelle cohorte d’étudiants insatisfaits de leur orientation, générant dès lors une hausse de déperdition dans l’enseignement supérieur. Sans parler, bien entendu, de la surcharge que subira l’université où les enseignants se plaignent d’amphis surpeuplés notamment dans certaines filières.
Mais en attendant de voir, dans quelques jours, la moyenne de réussite au niveau national et ses probables répercussions sur la rentrée universitaire 2020-21, l’annonce de Mohamed Ouadjaout est révélatrice de l’échec patent de l’enseignement à distance auquel la tutelle a recouru pour surmonter la suspension des cours.
A l’évidence, l’expérience n’a pas convaincu, y compris ses promoteurs qui se sont donnés, pendant plusieurs semaines, à des promesses surréalistes, alors que le terrain présentait une réalité autre. Car en agissant ainsi, le département de l’Education nationale reconnaît que tout son discours sur l’enseignement en ligne n’a pas été à la hauteur des attentes.
Le temps a fini par donner raison à ceux qui n’ont pas cru à ce mode d’enseignement. Comment pourraient-ils l’être alors que l’enseignement en mode présentiel et interactif entre l’élève et l’enseignant est déjà difficile à performer se demandent-ils sans cesse.
Finalement, les autorités semblent avoir porté, à travers le bradage du Bac, un coup dur à l’Ecole algérienne, qui n’en a pas vraiment besoin car souffrant depuis plusieurs décades de nombreux maux. <