Reporters : La maison d’édition Chihab a publié une série de titres sur le Hirak… Opportunité ou stratégie éditoriale ?
Azeddine Guerfi : A mon avis, c’est une stratégie éditoriale. L’édition Chihab a publié trois titres qui se complètent. « Marcher » est parmi les premiers livres du Hirak, deux mois après le mouvement.
Ce livre est un recueil de réflexions sur les premiers pas de ce mouvement béni jusqu’à la démission de Bouteflika. Il a été présenté sous la direction de Amin Khan. Le deuxième livre est « la Révolution du 22 février, de la contestation à la chute de Bouteflika », de Mehdi Boukhalfa, journaliste et écrivain. Dans cet ouvrage, il raconte et rapporte les faits, premières déclarations, le lieu de déclenchement du Hirak, etc., et ce, d’une manière chronologique. Cet ouvrage peut être une référence. Le troisième livre, « les Sources du Hirak », de Rachid Sidi Boumedine, est un travail de profondeur de la part d’un sociologue, observateur de la société. On considère que c’est un mouvement et un tournant historiques pour l’avenir de l’Algérie. Il faut profiter de l’occasion de ce mouvement, qui marque la mémoire collective des Algériens, pour faire une vraie production intellectuelle, littéraire, sociologique et autres. Nous devons éviter les erreurs que nous avons commises auparavant, c’est-à-dire, l’absence de documentation sur les évènements et les tournants importants qui marquent l’histoire de notre pays, à savoir octobre 1988, le printemps berbère en 1980, les événements de la Kabylie en 2001, la décennie noire, le coup d’Etat de Boumediène, etc.  

Comment ces ouvrages ont été reçus par le lectorat ?
Le lectorat est là. Il est présent. Nous avons vendu chaque titre entre 500 et 1000 exemplaires. Je trouve que ce n’est pas grand-chose. Car, n’oubliez pas que nous avons des concurrents, des maisons d’édition, la presse écrite et électronique, les réseaux sociaux, qui sont à jour de ce qui se passe dans la rue depuis le 22 février… Le plus important est qu’un livre reste. Après l’actualité, les lecteurs vont pouvoir revenir au livre pour chercher des détails et analyses sur cette question. 
Avez-vous accompagné les publications de débats…C’est important de le faire ?
Oui, effectivement. Nous avons accompagné nos publications de débats, ici, à la librairie à Bab El Oued et dans d’autres wilayas. Le débat est important. Réfléchir sur les différentes questions de la société est plus que nécessaire. Nous devons discuter nos convergences et sans tabou. Il est important de reconnaître que le Hirak contient différentes idéologies et tendances, gauche, droite, islamiste, laïc… Malheureusement, nous avons peur de discuter entre nous, il faut en discuter pour briser les barrières. Sur la révision de la Constitution, je me pose la question est-ce que le peuple algérien peut critiquer ? Est-ce qu’il est prêt au moins pour apporter une valeur ajoutée ? L’Algérie a besoin de son élite pour élaborer ensemble un projet de société. 

Y aura-t-il de nouvelles publications sur le Hirak ?
On est en train de réfléchir sur l’édition d’autres ouvrages à l’occasion du premier anniversaire du Hirak. Il est important de saisir ce mouvement, son activité intense et pour être à jour de ce qui se passe tant que le mouvement est toujours en cours. Nous, en tant qu’acteurs de l’édition, nous sommes là pour suivre et analyser l’évolution de ce mouvement.
L’Algérie du Hirak n’est pas celle d’avant-le 22 février. Nous sommes en contact avec nos collaborateurs, écrivains, journalistes, sociologues, poètes…

Qu’est-ce que le Hirak pour vous ?
Le soulèvement populaire est un évènement inattendu, sans doute. Il est important de souligner que le Hirak a libéré les Algériens. Il a libéré les langues. Il a fait chuter un système corrompu et mafieux. C’est un signe de fierté. C’est une porte qui s’ouvre devant nous. Le plus important maintenant est de passer à une réflexion profonde pour construire l’Algérie de demain. C’est bien de marcher chaque vendredi et mardi, mais n’oublions pas de passer à l’acte en mettant en place un projet de société.