D’un simple revers de la main, le ministre des Finances Aymen Benabderrahmane a balayé la thèse d’une érosion monétaire soutenue, affirmant que la santé du dinar est en voie de rétablissement, contrairement aux allégations de certains économistes.
S’exprimant en marge de la cérémonie de lancement officiel des services de certification et de signature électroniques, organisée, hier, au Centre international des conférences (CIC), le ministre des Finances a annoncé l’adoption d’un dispositif de fixation de la valeur de la monnaie nationale en fonction de l’état des fondamentaux de l’économie. Aymen Benabderrahmane a assuré à la même occasion que la relance de certains projets économiques devrait redonner à la monnaie nationale de la vigueur dans les prochains mois. Le ministre a ainsi tenté de rassurer tant bien que mal sur la bonne santé du dinar, alors que la monnaie nationale s’est embourbée dans un canal baissier ininterrompu depuis le début du précédent exercice, une dépréciation qui s’ajoute à plusieurs autres ajustements entamés depuis fin 2014, simultanément avec la baisse des cours pétroliers mondiaux. Lesquels ont rechuté drastiquement depuis le début de l’année 2020 ; le Brent – pétrole de référence pour le Sahara Bled algérien – atteignant un plancher de 17 dollars à la mi-avril de la même année. La semaine dernière, la valeur de l’euro a été fixée par la Banque d’Algérie à 167,77 dinars, alors que la valeur du dollar a été fixée 139,12 dinars ; les deux devises évoluant ainsi à des niveaux historiques par rapport à la monnaie nationale. La dévaluation du dinar est plus visible lorsque l’on compare les valeurs de la semaine à celle du début de l’année en cours et celles d’il y a un an. En effet, en variation annuelle, la parité dinar-euro est passée de 133 DA pour un euro au 31 janvier 2020 à 161 DA/euro au 31 janvier 2021 et à près de 168 DA la semaine dernière. En revanche, la parité dinar-dollar est passée de 119 DA pour un dollar au 1er janvier 2020 à 132 DA/dollar au 1er janvier 2021 et à plus de 139 dinars la semaine écoulée, confirmant ainsi une tendance de plus en plus soutenue vers la dépréciation. Bien évidemment, le ministre des Finances n’a pas tout à fait tort lorsqu’il dit que la valeur du dinar est fixée en fonction de l’état de santé de l’économie nationale. Le calcul de la Banque centrale fait l’hypothèse que les fondamentaux de l’économie du pays et des partenaires commerciaux ont baissé suite à la rechute des prix du pétrole, alors que les économies des pays partenaires ont été frappées de plein fouet par le choc pandémique lié au coronavirus. Cette conjoncture de double choc a amené la Banque centrale à réajuster la valeur du dinar par rapport aux principales devises en fonction de l’état des fondamentaux de l’économie nationale. Ces ajustements qu’a connus le taux de change du dinar avaient pour objectif de «prévenir toute appréciation du taux de change effectif réel dommageable pour la stabilité macroéconomique à moyen terme». «La relative flexibilité du cours du dinar sur le marché interbancaire des changes permet d’absorber, en partie, l’effet de la chute des prix du pétrole. Les interventions de la Banque d’Algérie sur ce marché s’inscrivent dans cet objectif stratégique», avait assuré l’institution monétaire. Pour le ministre des Finances, qui rassure sur l’état de santé de la monnaie nationale, il y aurait plutôt une dépréciation liée à la conjoncture de crise, mais pas une dévaluation au sens stratégique du terme. Sauf que la frontière est si mince entre les deux concepts lorsque la Banque centrale dit assumer ses interventions sur le marché interbancaire des changes pour prévenir une appréciation du taux de change du dinar qui serait nuisible à l’économie, alors que ses fondamentaux sont en nette baisse.