Les restrictions aux importations, imposées par le gouvernement à partir de janvier prochain, n’ont pas manqué de marquer les discussions chez les responsables et représentants des entreprises publiques et privées présentes au dernier salon de la production nationale. La tonalité des réactions recueillies auprès de ces opérateurs est que ces derniers sont favorables à l’instauration de sas d’entrée pour les produits fabriqués dans le pays. 

 

Ainsi, un responsable de la filiale Alphyt du groupe Asmidal applaudit la décision du gouvernement de restreindre les importations. Le manager de cette entreprise spécialisée dans la production des produits phytosanitaires, affirme que les produits achetés à l’étranger, sans réel besoin à l’échelle locale, lui ont fait perdre des parts de marché.
Avant les années 1990, « nous vendions 5 000 tonnes de produits phytosanitaires, ces dernières années nous ne vendons plus que 1 000 tonnes à peine, le marché national étant alimenté par les importations », confie-t-il. Il va plus loin en affirmant que « 90% des produits importés doivent être interdits à la vente en Algérie ». «Nous avons analysé dans nos laboratoires tous les produits mis sur le marché. Nous sommes arrivés à un résultat qui plaide l’interdiction de ces produits chimiques», ajoute ce cadre d’entreprise. «Les articles importés ont approximativement 25% de matière actif, le reste est constitué de produits chimiques qui portent gravement atteinte à l’environnement. Ces produits polluent les nappes d’eau et développent la résistance des insectes et les champignons qui attaquent les végétaux », souligne notre interlocuteur. Il met en garde les utilisateurs de ce type de produits afin d’éviter les conséquences sur l’avenir de la filière agricole. «Nous sommes le seul pays en Afrique qui maîtrise le processus de production et le savoir-faire dans la production du soufre (après transformation, il devient une poudre) et la production d’insecticide, sous le nom commercial de Moubyd. »
« Ces deux produits ne sont pas polluants et sont exportables », poursuit notre interlocuteur. Il regrette que la matière première soit, cependant, soumise à une surveillance très stricte par les autorités pour le motif que le soufre liquide contient un pourcentage « infime » de composant chimique qui peut être détourné vers un usage autre que le traitement des plantes, des semences etc. « Le processus de fabrication, de stockage de la vente et son utilisation sont strictement contrôlés. Ce contrôle dissuade les agriculteurs de l’utiliser parce qu’ils font objet d’enquête », précise-t-il. Révélant que cette question a été soumise aux hauts responsables qui « ont promis de réétudier la question ».

Consensus  public-privé
Le groupe public Divindus, 18 000 salariés, 14 filiales, dont l’une est née d’un partenariat public-privé, alors qu’une autre est en voie de création pour la gestion des zones industrielles, partage le même point de vue, nous révèle un proche du P-DG. «Nous produisons localement. Nous avons souffert et sommes frappés de plein fouet par les importations anarchiques qui ont provoqué le commerce déloyal et le développement du marché parallèle. Le dispositif du gouvernement mettra de l’ordre et nous saluons les mesures de l’Exécutif », dira notre vis-à-vis soulignant que « cette démarche permettra au Groupe de placer ses produits sur le marché national ». Mais ce responsable prévient contre les effets pervers des mesures prises pour la relance de l’économie nationale, notamment la réduction des importations. « Il ne faut pas que ce dispositif se déploie au mépris de la qualité, dans le cas contraire, le consommateur ira vers autre chose», estime le représentant du Groupe. Le groupe privé Hasnaoui, 19 filiales, est présent dans l’immobilier, l’exploitation de carrières, le béton, le développement agricole, la chimie ainsi que la construction et le bâtiment entre autres. Selon le responsable de son stand, le groupe milite pour une « politique d’importation cohérente et en fonction des besoins de l’économie et du marché algériens. «Nous sommes pour la rationalisation des achats de produits rendus disponibles par les entreprises algériennes. Nous estimons important que l’importation d’intrants soit facilitée au maximum pour le bon fonctionnement de l’outil de production. Il y a un consensus général sur cette question », estime-t-il. « Nos importations représentent moins de 10% des besoins de nos entreprises », indique ce responsable. Il insiste pour dire que « trop d’interdictions étouffe la machine industrielle algérienne naissante et trop d’ouverture risque de la mettre en panne ».