A la faveur de la dynamique particulière dont jouissent les relations entre les deux pays, la Turquie a fortement diversifié et renforcé ses investissements en Algérie, ces dernières années, portant leur montant à hauteur de 3,5 milliards de dollars.
Au total, elles sont aujourd’hui près de 1 000 entreprises turques opérant dans notre pays, employant quelque 30 000 personnes dans différents secteurs, entre industrie, énergie, transport maritime et bâtiment, faisant de la Turquie le premier investisseur étranger hors-hydrocarbures en Algérie, et ce après avoir détrôné la France en 2017. Un statut appelé à être consolidé après la signature, en 2018, d’accords de partenariat et de coopération ainsi que des mémorandums d’entente dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture ou encore du tourisme.
Au classement par secteur, l’industrie vient en tête des investissements turcs en Algérie, avec 59%, suivie par le secteur du bâtiment, des travaux publics et de l’habitat (46 projets), les transports, les services et l’agriculture, selon le ministère de l’Industrie. Par filières, la Turquie a frappé fort dans le textile et la sidérurgie. Dans le textile, un projet de construction d’un complexe de textile à Relizane appartenant à la joint-venture Tayal, formée de deux filiales du Groupe public national de textile Getex, du holding Madar (ex-SNTA) et de l’entreprise turque Intertay, est en cours de réalisation et dont l’usine de filature de coton est déjà opérationnelle depuis 2018. Dans la même filière, un protocole d’accord a été signé entre l’entreprise publique
nationale Texalg et la société turque Boyner Sanayi A S, pour la création d’une joint-venture de production de filés de laine et d’autres produits textiles à Meskiana (Oum-El Bouaghi). L’usine est dotée d’une capacité de production de 1 000 tonnes/an de filés laine et mélanges (laine, polyester, acrylique) dans une première phase puis 2 000 t/an la deuxième année et 3 000 t/an l’année suivante.
Un autre partenariat algéro-turc d’envergure est l’extension, sur une superficie de 100 hectares, dédiée à la production du rond à béton dans le pôle économique de Béthioua du complexe sidérurgique d’aciérie et de laminoirs du groupe turc de droit algérien Tosyali Iron and Steel Industry Algérie, entré en service en 2013. La capacité de production de ce complexe, estimée à 2 millions de tonnes/an, devant permettre de réduire les importations de ce matériau de construction et répondre aux besoins des nombreux chantiers de construction.
Dans le secteur énergétique, la compagnie nationale Sonatrach, à travers sa filiale Sonatrach Petrolium Investment Corp (SPIC) et la compagnie turque CPEY, filiale de Ronesans, ont signé, en septembre 2019 à Istanbul, l’ensemble des contrats nécessaires au lancement des études d’engineering du complexe pétrochimique pour la production de propylène et de polypropylène (PDH-PP) à Ceyhan en Turquie. Sonatrach et Ronesans avaient procédé à la création de la société de projet, une société mixte de droit turc dénommée Ceyhan Polipropilen Uretim Anonim Nirket avec une structure d’actionnariat de 34% pour la SPIC et 66% pour CPEY. Cette société de projet a pour objet la conception, l’ingénierie, l’approvisionnement, la construction et l’exploitation d’un complexe de production de 450 000 tonnes par an de polypropylène au niveau de la zone industrielle de Ceyhan, dédiée au développement de la pétrochimie. Selon Sonatrach, cet investissement, estimé à 1,4 milliard de dollars, représente un «intérêt stratégique» pour la Turquie comme pour l’Algérie.
Outre les projets d’investissements qui se renforcent de plus en plus, la coopération algéro-turque repose sur des échanges commerciaux en plein essor, atteignant plus de 4 milliards de dollars durant les onze premiers de 2019, et s’inscrivant dans la dynamique des échanges effectués en 2018 pour le montant de 4,628 milliards de dollars, dont 2,318 milliards de dollars d’exportations algériennes, en hausse de plus de 26% par rapport à 2017 et 2,310 milliards de dollars d’importations auprès de la Turquie, en augmentation de 14%. Cette évolution l’a, par ailleurs, fait accéder à la 5e place des partenaires commerciaux de l’Algérie après la Chine, la France, l’Italie et l’Espagne.