Le chef de la Transition au Mali est arrivé hier à Alger pour une visite de travail de deux jours. Pour le président Bah N’Daw, le déplacement algérien est sa première sortie à l’étranger depuis son installation au pouvoir à Bamako le 25 septembre 2020. C’est aussi une confirmation de l’importance de la relation bilatérale entre l’Algérie et le Mali, qui partagent une frontière de 1 329 km, des échanges humains et de coopération très anciens, et qui sont tous les deux préoccupés par des défis colossaux, tels la lutte antiterroriste et le retour à la sécurité et à la stabilité.

D’abord au Mali, mais également dans l’ensemble de la bande sahélo-saharienne en proie à une insécurité aux racines et aux motivations complexes et qu’aggrave une présence djihadiste d’inspiration tantôt locale tantôt internationale, et dont les conséquences sont d’avoir ouvert la voie à une intervention française et internationale, notamment sous couvert onusien. L’embouteillage sécuritaire provoqué est loin d’avoir réglé tous les problèmes des populations concernées, les rendant plus inextricables parfois.
La visite dans notre pays du président N’Daw confirme surtout l’engagement de l’Algérie à soutenir le Mali dans son difficile processus de normalisation politique et institutionnel et à faire aboutir l’accord d’Alger. Signé en 2015 à Alger, pour réconcilier l’Etat central malien et la rébellion, notamment touarègue au Nord du pays, cet accord a connu à la mi-février 2021 une relance spectaculaire après la première réunion, à Kidal, du Comité chargé de son suivi sous la présidence du chef de la diplomatie Sabri Boukadoum. Le succès de cette réunion a eu pour origine l’effort patent de l’Algérie à appuyer le pouvoir de transition à Bamako à sauver les fondements de l’Etat malien, fortement ébranlé, et à préserver l’unité de son territoire.
Qu’on se le rappelle. En août 2020, le ministre algérien des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, a été le premier membre d’un gouvernement étranger à se rendre à Bamako, dix jours après la chute de l’ex-président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), renversé le 18 août par un groupe d’officiers décidés à reprendre en main les affaires du pays. Un geste apprécié par les membres du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) qui avaient exprimé leur gratitude et leur «confiance en l’Algérie qui s’est toujours tenue du côté du peuple malien» et qui avaient exprimé leur «souhait d’être accompagnés dans leurs efforts visant à aller vers une sortie de crise consensuelle dans les délais les plus courts possibles».

Faire aboutir le processus jusqu’aux élections
M. Boukadoum, qui s’était entretenu avec les nouveaux hommes forts du Mali, avait alors déclaré que le Mali est un pays «extrêmement important pour l’Algérie et tout ce qui concerne ce pays voisin concerne aussi notre pays», a-t-il ajouté. Contrairement à d’autres capitales africaines et internationales, Alger s’était gardé de qualifier le renversement d’IBK de «putsch» et s’est employé à réitérer son engagement «indéfectible» en direction «du Mali et du peuple malien frère, qui a depuis toujours caractérisé les relations entre les deux pays, y compris dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du Processus d’Alger».
Le chef de la diplomatie algérienne, qui avait insisté pour dire que la conviction de l’Algérie est que «seule la voie pacifique du dialogue entre les enfants du pays est à même d’amorcer un réel processus permettant de surmonter les difficultés de l’heure», n’a pas cessé de multiplier les initiatives bilatérales et interafricaines. La dernière en date a été son voyage au Togo, où il a pris part lundi 9 mars aux travaux de la 2e réunion ministérielle du groupe de l’Union Africaine (UA) de soutien au Mali. L’objectif, outre l’application de l’accord d’Alger, reste comme cela a été confirmé dans la capitale togolaise, Lomé, la tenue d’élections en mars 2022 dans le respect du délai de 18 mois revendiqué par le pouvoir de transition malien. La visite du Président N’Daw confirme ainsi l’engagement de l’Algérie à faire aboutir le processus de la transition au Mali et accompagner la mise en œuvre de sa feuille de route et l’opérationnalisation des actions retenues dans le cadre de l’Accord d’Alger.
En ce qui concerne le bilatéral algéro-malien, la visite du Président Ba N’daw sera l’occasion de renforcer les relations de coopération entre les pays qui partagent 1 329 km de ligne frontalière entièrement bornée depuis 1985. A l’ordre du jour, la relance du Conseil d’affaires algéro-malien, du processus d’attribution de la 4e licence mobile et celle des activités de recherche pétrolière sur le bloc du bassin de Taoudéni. Les deux parties aborderont également la situation de la diaspora malienne forte de 7 000 personnes qui vivent majoritairement à Alger et dans la partie méridionale du pays (Tamanrasset, Adrar, Ghardaïa, Béchar). Dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la Covid-19, l’Algérie a accordé une aide humanitaire, en 2020, au Mali, composée essentiellement de 90 tonnes de denrées alimentaires et de produits de lutte anti-Covid-19.