Dans la saison en dents de scie réalisée jusqu’à présent par le Real Madrid, Zinédine Zidane a dû manier la langue de bois pour calmer les ardeurs d’une presse madrilène parfois offensive. Récemment, fatigué par le brouhaha médiatique, il est sorti de ses gonds. Décryptage du Zidane communicant avec des journalistes qui le suivent, ou suivaient, au quotidien.
La scène est tellement rare qu’elle a suscité la surprise des deux côtés des Pyrénées : Zinédine Zidane s’est énervé. Oui, oui, le placide et si calme Zinédine Zidane. C’était après un nul compliqué face à Villarreal (1-1) et après une énième question sur son avenir personnel. « Continuez à faire votre travail, et moi je fais le mien », a-t-il lâché aux journalistes, un peu trop opiniâtres à son goût. « Ils sont assez offensifs, et ça, il n’aime pas trop, nous confirme Patxi Vrignon-Etxezaharreta, journaliste de l’AFP basé à Madrid. Récemment, il a fait parler de lui parce qu’il est parti d’une conférence de presse en lâchant ‘que pesados’. En gros, ‘qu’est-ce qu’ils sont relous’. Évidemment, les micros étaient encore ouverts donc ça été le sujet de débat du lendemain sur les télés ». Voilà le quotidien de ZZ depuis son arrivée sur le banc madrilène : un gigantisme médiatique où la moindre faille est surexploitée par des émissions où les débats et les polémiques occupent une part centrale, pour ne pas dire démesurée.

LANGUE DE BOIS AGAÇANTE
« Ici, le débat autour du foot n’est pas uniquement sur le foot : il s’alimente de polémiques, d’erreurs arbitrales, de possibles transferts, de questions économiques, nous explique Jesus Sanchez, en poste chez Marca. Au final, le football parle peu de jeu ici ». Dans le lot, certaines chaînes ou émissions qui font le bonheur des réseaux sociaux (El Chiringuito, par exemple) mais beaucoup moins celui de Zidane au moment de se prêter au jeu des questions-réponses. « L’année dernière, le sujet c’était Bale, rembobine Patxi Vrignon-Etxezaharreta. Il y a eu des conférences de presse où, sur 15, 20 questions, il y en avait une douzaine sur Bale. Et les mecs ne lâchaient pas. Une fois qu’il a répondu à une question, qu’il a moitié dit qu’il n’avait plus rien à dire sur le sujet, il faut passer à autre chose. Mais eux, ils insistent ». Et, parfois, Zidane sort de ses gonds. Comme après Villarreal. Tellement rare que même Mario Cortegana, chez AS, a été surpris : « J’ai quand même la sensation que c’est très occasionnel, même si quelques-uns cherchent la polémique. […] Sur ce point-là, c’est l’anti-Mourinho. Il est dans un rapport tranquille. C’est aussi pour ça qu’il représente aussi bien le Real Madrid ». « Zidane, ça l’énerve mais il sait aussi sur quel banc il est assis, complète son collègue chez Marca. C’est un peu le revers de la médaille d’entraîner le meilleur club du monde ».
Voilà pour les bienfaits d’un ZZ maître de ses nerfs en conf de presse. Mais… « Parfois, en tant que journaliste mais aussi en tant que fan, c’est frustrant qu’il ne dise jamais rien, ajoute le journaliste chez AS. A force de maîtriser la langue de bois, il répond parfois avec des choses vides. Et c’est aussi là qu’on insiste à nouveau. Il ressemble à un toreador : il esquive parfaitement les coups ».

FORMATION POST-CARRIÈRE ET MAÎTRISE DE COM’
Une surprise pour ceux qui ont connu le joueur, à la réputation timide qui n’avait rien d’usurpée. « Comme joueur, il ne parlait jamais et c’était un problème, se rappelle Patrick Fort, journaliste AFP à Madrid à l’époque et auteur d’une biographie sur le Français. Il ne venait en conférence qu’une ou deux fois par an et ne disait jamais rien de très intéressant. Les doutes sur sa capacité à entraîner venaient aussi de là. Il avait peur de la polémique ».
Que s’est-il passé pour que Zidane devienne l’un des managers les plus rompus aux confs de presse démentielles de Santiago Bernabéu ? « Il a complètement changé à la fin de sa carrière, il était beaucoup plus décontracté, avance le journaliste de l’AFP. Derrière, il a fait des études spécifiques [notamment pour son diplôme de manager général de club, au CDES de Limoges]. Ses formations l’ont aidé pour des conférences en public, il est beaucoup plus décomplexé ». Et ça se voit. De tous les journalistes interrogés, tous vont dans le même sens : Zinédine le timide est devenu Zidane l’habile, faisant d’une communication en apparence lisse, une arme pour protéger son vestiaire et avancer dans l’adversité madrilène. « Je ne m’inquiète absolument pas pour Zidane, c’est un super communicant, conclut Patxi Vrignon-Etxezaharreta. Quand il veut faire passer un message, il le dit ouvertement. Il y a quelques jours, sur une conférence de presse banale, il nous sort une grosse révélation en nous expliquant qu’il y avait eu une réunion avec tous les entraîneurs.
Aucun journaliste n’était au courant de ça et il a clairement pointé du doigt l’UEFA et la FIFA ». Preuve que même derrière un micro, Zidane peut parfaitement dribbler ses adversaires. Alors, habituez-vous à ces expressions toutes faites qui ne disent pas grand-chose du quotidien madrilène. Car ZZ en a fait des armes fatales pour mieux supporter la pression surhumaine du quotidien à Madrid. n