Alors que le besoin de faire repartir la croissance se fait de plus en plus ressentir, après deux années de crise sanitaire qui a mis bon nombre d’entreprises à genoux, les investisseurs et les opérateurs économiques demeurent dans l’attente d’un signal fort de la part de l’Exécutif qui délibère aujourd’hui sur l’avant-projet de loi sur la promotion de l’investissement.
Il est mis au double défi de la résilience et de la croissance durable.

Par Hakim Ould Mohamed
Les efforts du gouvernement pendant le choc pandémique se sont limités à aider les entreprises à renforcer leur résilience face à la crise, à travers des mesures centrées essentiellement sur les deux aspects fiscal et financier. Des mesures opportunes à tout point de vue, notamment le report de certains déclarations fiscales et l’accès aux crédits bancaires et la modification de certaines lois en vue de soutenir la dynamique économique. Si certaines mesures ont, en effet, généré un certain réconfort au bénéfice des entreprises et aidé d’autres à enregistrer des performances, malgré la conjoncture de crise, il est désormais temps que le gouvernement donne de la visibilité aux entreprises et aux investisseurs résidents et étrangers à travers des mesures fortes à inclure dans l’avant-projet de loi sur l’investissement, actuellement en débat au sein de l’Exécutif qui doit statuer aujourd’hui pour la mouture finale à envoyer aux parlementaires de l’APN et du Conseil de la Nation (Sénat)…
Alors que le flux d’investissements directs étrangers est en déclin à destination de l’Afrique, et de plus en plus d’entreprises s’installent dans les pays réputés stables juridiquement et à fort potentiel de croissance, le gouvernement devra être conscient des préférences des investisseurs et les efforts doivent être ainsi centrés particulièrement sur les attentes des investisseurs, en mettant en place des mécanismes incitatifs à la hauteur de ces attentes. Avec l’émergence de nouvelles menaces de nature à perturber la reprise mondiale et le mouvement des IDE, les efforts devraient se concentrer désormais probablement sur les secteurs à fort potentiel de croissance et créateurs de véritables valeurs ajoutées, en particulier à ceux qui n’ont même pas connu la même dynamique de croissance en sortie de la crise sanitaire. Il s’agit, entre autres des BTPH, des services, de l’Agriculture et de l’Industrie. Malgré le potentiel de croissance que promettent ces secteurs, ils sont restés à la traine en matière de croissance, de créations d’emplois et de richesses. Afin qu’il puisse inscrire les urgences de l’heure dans la durée pour qu’elles deviennent des ambitions de long terme, l’avant-projet de loi sur la promotion de l’investissement doit également prendre en compte les risques actuels et futurs, notamment les préoccupations géopolitiques, les perturbations persistantes de la chaîne d’approvisionnement, les tensions sur l’offre et les prix des biens alimentaires de base ainsi que les pressions inflationnistes qui en résultent et qui pourraient persister pendant un certain temps.

Les investisseurs dans l’attente d’un signal fort
Le gouvernement a mis du temps à lever le voile sur son avant-projet tant attendu par les investisseurs et les agents économiques et sera ainsi étroitement surveillé pour les mesures qu’il prendra pour contrer ces préoccupations. Il ne s’agit pas uniquement de stabiliser le cadre juridique régissant l’investissement, mais de l’adapter également aux défis auxquels est confronté le pays ainsi qu’aux enjeux posés par la conjoncture mondiale actuellement. Au niveau des secteurs, il sera question notamment d’accélérer la dynamique et les rendements du secteur agricole et agroalimentaire, des services et de l’industrie afin de pouvoir réduire la facture d’importation et rétablir durablement la viabilité de la balance des paiements. Le secteur industriel traine encore lamentablement la patte, tout comme celui de la logistique, tant il est vrai que l’Algérie demeure sous l’emprise des armateurs étrangers aussi bien pour ses importations que pour ses exportations, malgré les appels incessants à la création de compagnies cargo aériennes et maritimes. Les autres secteurs susceptibles d’être ciblés sont les mines, dont le potentiel est important, le tourisme et les loisirs, le numérique et les services aux personnes afin de réduire le budget social de l’état et pouvoir amorcer l’assainissement des finances publiques en intégrant les investisseurs privés dans les services de retraites, des compléments de retraite, des mutuelles ainsi que dans le système de santé. Pour ainsi dire, il serait donc approprié de frapper fort pour que cet avant-projet de loi puisse créer un déclic et répondre ainsi à la fois aux attentes des investisseurs ainsi qu’aux ambitions de croissance durable pour l’économie algérienne. Celle-ci a besoin de s’inscrire durablement dans la «résilience et la croissance» pour faire face aux chocs actuels et futurs.